Yaounde Kribi La route passe la colere suit
Posté le 25.10.2007 par edouardtamba
ROUTE YAOUNDE-KRIBI
La riposte des riverains avorte
Le sous-préfet de Ngoumou a interdit la réunion des riverains de la route Yaoundé-Kribi annoncée pour vendredi dernier.
“ Monsieur, nous vous prions de bien vouloir prendre personnellement part à l’Assemblée générale constitutive de notre association dénommée “ Collectif des riverains de la route Yaoundé -Kribi ”. Ces assises se tiendront le 18 octobre 2007 à la Maison rouge, face à la sous-préfecture de Ngoumou (…).” La rencontre ici annoncée ne s’est pas tenue. Suite à un refus du sous-préfet de Ngoumou, Enana Jean Bosco. Les personnes venues pour y assister “ ont été chassées par la police ” selon le président du comité d’organisation (Pco), Jean Roger Manayong. Il évalue à environ 200 le nombre de personnes venues des différents villages de la Mefou et Akono. Mais, les listes qu’il brandit mentionnent 105 personnes.
Les organisateurs disent avoir “ déposé une déclaration de tenue d’une réunion dans les services du sous-préfet, le 15 octobre 2007 ”. N’ayant pas reçu de réaction de la sous-préfecture, J.R. Manayong s’en rapproche. C’est alors qu’il “ découvre ” que la réunion n’est pas autorisée. “ J’ai l’honneur de vous faire savoir qu’en dépit de l’examen bienveillant de votre demande, il ne m’a pas été possible de réserver une suite favorable à votre doléance ”, indique une note signée du sous-préfet, le 15 octobre 2007. Dans la même note, Enana Jean-Bosco précise : “ Afin de me permettre de répondre favorablement les jours à venir à de telles sollicitations, je vous invite à saisir l’autorité compétente pour la reconnaissance juridique de votre association. ”
Le Pco pense que le sous-préfet fait une confusion. “ Nous ne lui avons pas demandé à créer une association ”, dit-il. Et d’expliquer que c’est une assemblée constitutive pour l’élaboration d’un statut. Ensuite viendra le temps de saisir la préfecture pour la légalisation. De plus, le Pco soupçonne la sous-préfecture d’avoir antidaté le document. Joint au téléphone, le sous-préfet balaie tout d’un revers de la main. “ Je pense que ces gens ne sont pas sérieux. Ils viennent raconter n’importe quoi pour déranger les gens. Nous ne sommes pas là pour créer la division ”, déclare Enana Jean-Bosco. Il ajoute : “ Ils n’ont rien respecté, pourtant, je suis avec eux pour les aider. Je n’ai jamais refusé la tenue d’une réunion, même pour les partis politiques ”.
Enana Jean-Bosco estime que la rencontre avait pour but de freiner les travaux d’aménagement de la route Yaoundé-Kribi. Pourtant, “ la route est très importante et nous devons tout faire pour qu’elle passe ”, soutient le chef de terre. En face, les riverains affichent leur détermination à revendiquer leurs droits.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 23-10-2007
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Posté le 25.10.2007 par edouardtamba
JEAN ROGER MANAYONG
“ Le préfet a envoyé la police chasser les gens ”
Le président du comité d’organisation du Collectif des riverains de la route Yaoundé-Kribi, justifie la création de cette association tout en décriant l’attitude des autorités administratives de la Mefou et Akono.
Qu’est-ce qui motive la mise en place d’un collectif de riverains de la route Yaoundé-Kribi ?
C’est pour essayer de canaliser le mécontentement et la révolte des populations pour que ça ne débouche pas sur une situation comme celle que nous avons connu à Abong-Mbang. Pour que nous puissions exprimer de manière pacifique, mais ferme et légale, afin que les gens rentrent dans leurs droits dans l’indemnisation de leurs biens. Ensuite, nous voulons faire respecter la loi. Ca n’a pas été le cas par les autorités, au regard des textes qui doivent être appliqués. Il y a eu beaucoup d’irrégularités sur le terrain. La loi prescrit l’information des populations cela ne s’est pas fait. Les autorités n’ont associé personne. La dernière motivation, nous voulons que cette route soit enfin réalisée. Mais l’attitude prise par les autorités est en train de retarder les travaux. De telle manière que nous craignons pour la route.
Quelles sont les dispositions que vous avez prises pour la tenue de votre assemblée générale constitutive ?
Nous sommes légalistes. Personnellement je suis une autorité politique institutionnelle, membre du Conseil économique et social. Je dois respecter la loi. Pour mettre en place cette structure, j’avais déposé dans les temps prescrits par la loi de 1990 sur les associations une déclaration de tenue de réunion contre une décharge. Malheureusement, lorsque nous nous sommes retrouvés hier, pour la tenue de cette réunion, n’ayant pas eu la réaction du sous-préfet, je me suis rendu là-bas. On m’a signifié qu’il interdisait la réunion.
L’interdiction était verbale ou écrite ?
L’interdiction n’était pas écrite. Nous avons fait une déclaration de tenue d’une réunion. Il nous a verbalement dit à côté que nous devons nous adresser à l’autorité compétente pour la reconnaissance juridique de notre association. Nous n’avons pas fait une demande de reconnaissance juridique. Nous avons donc sollicité une réponse claire et écrite. Soit qu’il nous donne le récépissé de tenue de réunion. Ou alors, qu’il nous signifie officiellement et par écrit le refus de la tenue de réunion. Il n’a fait ni l’un ni l’autre. Et le préfet a envoyé le commissaire de sécurité publique pour chasser les gens (près de 200 personnes) qui étaient paisiblement installés dans notre salle de réunion.
Que comptez-vous faire maintenant que votre réunion n’a pu se tenir ?
Nous avons demandé aux populations de rentrer paisiblement. Mais elles sont décidées à se réunir de manière légale. Et au même lieu, dans le chef-lieu de notre département. Il n’y pas de raison que nous nous “ exilions ” pour aller tenir nos réunions. Nous allons saisir dans les prochains jours la hiérarchie, notamment le Minatd [ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Ndlr], pour l’informer de cette situation. Et nous allons redéposer une déclaration de tenue de réunion à la date que nous allons fixer. En espérant que la hiérarchie va réagir légalement. En attendant, nous n’allons pas rester les bras croisés. Nous allons tout faire pour que la hiérarchie sache la dérive autoritaire qui caractérise le préfet de la Mefou et Akono depuis son arrivée il y a deux ans.
Interview réalisée par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 23-10-2007
Posté le 09.10.2007 par edouardtamba
AXE YAOUNDE-KRIBI
La route passe...la colère suit
Les travaux d’aménagement de la route Yaoundé - Kribi traînent. Tandis que les propriétaires des biens détruits affirment être lésés.
Partir de Yaoundé pour Kribi relève peut-être d’une balade de plaisir sur de l’asphalte. Mais ce voyage de la province du Centre vers celle du Sud impose un détour par le Littoral. Celui d’Edéa coûte des kilomètres, du temps et du carburant en trop. Il existe pourtant un projet de route plus direct. Un projet qui daterait de 1972, selon plusieurs sources. Le chef du village Nkong-Meyos I, Omgba Bomba Martin, confirme “ c’est une vieille route qui devait voir le jour depuis longtemps. ” Au départ “ c’était la nationale n°1 du Cameroun. Aujourd’hui c’est la départementale n°8 ”, révèle-t-il.
Si l’on s’en tient aux promesses du gouvernement, Yaoundé-Kribi via Edéa ne sera plus qu’un lointain souvenir. Pour preuve, le “ projet d’aménagement de la route Yaoundé-Kribi ” est en cours de réalisation. Avec le ministère des Travaux publics comme maître d’ouvrage. L’entreprise égyptienne Arab Contractors assure l’exécution des travaux. Depuis 2007, des engins creusent, aplatissent et bitument le premier tronçon. Du lieu dit Carrefou Biyem-Assi à Yaoundé, au pont d’Olama sur le Nyong. La chaussée devrait en principe avoir une largeur de 20m, avec des accotements de 10m par côté. Soit une emprise totale de 40m.
Les premières observations amènent à conclure que tout n’y est pas pour le meilleur des mondes. Le voyage de Yaoundé à Ngoumou est une gageure. La saison pluvieuse rend les déviations boueuses. Conséquence, le prix des titres de voyage augmente, de courtes distances en kilomètres s’avèrent longues en temps … Autre couac, le rythme d’évolution des travaux. Le délai de livraison a été prorogé. Les travaux butent sur des marécages à plusieurs endroits. Et plus grave, les lamentations des riverains dont les biens sont situés sur le passage de la route. Les uns attendent d’être indemnisés. Les autres, déjà indemnisés, affirment être lésés. Un congé technique pour cause de pluie a mis le chantier en veilleuse. Les travaux reprennent le 1er novembre prochain. Le Messager profite de cette suspension des travaux pour faire le point.
Une enquête menée par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 09-10-2007
Posté le 09.10.2007 par edouardtamba
INDEMNISATIONS
Les populations se disent lésées
Les premiers riverains dédommagés sont aux abois.
1- Les autorités traditionnelles ignorées
La question de l’indemnisation semble taboue dans la ville de Ngoumou. Motus et bouche cousue quand ce n’est : “ On attend encore, on ne sait rien ”. Pourtant, après le pont situé à l’entrée de la ville, on remarque par des croix de diverses couleurs, que maisons, tombes, et plantations seront détruites. “ Il y’a une commission que j’ai mise sur pied qui constate les biens à détruire sur l’emprise de la route ”, indique le préfet.
C’est la “ Commission de constat et d’évaluation des biens à détruire en vue de la construction de la route Yaoundé-Kribi, tronçon n°1 ”. Une instance présidée par le préfet. On y compte d’autres responsables des services des domaines, de l’agriculture, des travaux publics, de l’énergie et l’eau … et des élus locaux (maire et député). “ Jusqu’à présent, les évaluations ont été faites sur les 52,5 Km, [de Mefou-Assi au Pont d’Olama, ndlr] et les états d’indemnisation déjà transmis au ministère des travaux publics ”, assure le préfet
Plus loin, le chef du groupement Nkong-Meyos tiré d’une sieste, est au bord de l’énervement. “ Je ne sais pas ce que je vais vous dire. Il n’y a rien. On nous ignore totalement. On ne voit jamais le préfet, ni le sous-préfet. Ils nous ont dit que le ministre allait remettre l’argent. Ce ministre est passé ici, sans s’arrêter ”, maugrée Dieudonné Amougou. “ Je suis même content parce que la route ne passe pas chez moi ”, lance le chef.
Son subalterne de Nkong-Meyos I n’est pas dans la même situation. “ J’avais 4000 pieds de cacaoyers. Je ne sais pas s’il en reste même 1000. Ils ont détruit mon lac. Je ne sais pas ce qu’on doit nous donner. Il faut qu’on nous dise pourquoi les expertises sont confidentielles. Au lieu d’évaluer les lattes, piquets, tôles, plantes et arbres, on ne vous dit rien. C’est dire qu’il y’a du faux dedans ”. Une lettre signée du sous-préfet le 1er août 2007 annonce aux chefs traditionnels, le déblocage par la société Arab contractors de la somme de 240 000 000 Fcfa pour le paiement des indemnisations. “ On donne 240 millions pour dédommager de Nomayos à Ngoumou. C’est insignifiant ”, commente Amougou Dieudonné.
“ Qu’est-ce que les chefs viennent faire là-dedans ? Ce n’est pas du folklore. Cette commission est constituée selon le régime foncier des domaines ”, rétorque Pierre Ndounda. Amougou Dieudonné en profite pour ironiser sur la situation des personnes ayant sollicité le passage de la route sur les biens. Surtout qu’il vient d’apprendre par le chef de Nomayos que des populations ont reçu des sommes “ insignifiantes ” de 300, 400, 500 ou 700 mille Fcfa à titre de dédommagement pour leurs maisons. “ Est-ce que ça peut construire une maison ? ” se demande-t-il.
2- Indemnisations au lance-pierre
Justement, la pilule est amère de ce côté. “ On a cassé mes maisons et on me donne 700 mille, c’est pour quoi faire ? ” Lance un riverain à Nkong-Binguela. Il est occupé à découper des fils de fer pour fabriquer des étriers utiles à la fixation des poteaux en béton de sa maison en chantier. “ Regardez, cette toiture m’a pris 64 tôles de 7 m. Je vous rappelle qu’une tôle coûte dans les 7200 Fcfa. Il faut dépenser plus de 5000 Francs pour faire arriver un sac de ciment ici. Je reconstruis parce que je ne peux pas mourir sans laisser une maison à mes enfants. C’est la maison que mon père m’avait laissée qu’ils ont détruite ”, raconte-t-il.
Au bord de la colère, ce dernier ajoute: “ Je ne sais pas s’ils ont bien ou mal calculé. Mais ils nous ont mal indemnisés. Regardez où on dort ! ” Sa maison en brique de terre n’a pas encore d’ouvertures. Le chef de ce village est tout aussi amer. “ On est dans les pleurs. Regardez ma maison, on m’a donné 500 mille francs. Et 80 mille pour la cuisine qui était derrière ”, se plaint-il. La maison en question est sur une surface d’environ 15mx7m avec une toiture en pyramide. Le sol est cimenté et les murs crépis. Le chef est tout de même moins déconcerté que certains car il avait deux maisons voisines dont l’une a été épargnée.
La traversée de ce village laisse voir des chantiers de part et d’autre de la route. Quand ce ne sont pas les restes des maisons détruites. Les travaux ont aussi privé les riverains de courant électrique. Tabi Nguini Dieudonné est au bord des larmes. Sa maison de 19,5mx9,5m a été coupée en deux. Il loge dans ce qui en reste avec onze autres personnes. L’argent reçu comme indemnité n’a pas servi à grand-chose. “ Mes beau-fils ont essayé de me soutenir, mais ils sont fatigués ”, dit-il en montrant une bâtisse inachevée, en parpaing. Les fermes pour la charpente sont déposées à côté. “ Est-ce qu’on peut construire une maison avec 365 mille ? Je n’ai même pas bu un verre de vin rouge avec l’argent-là ”, se lamente-t-il.
Le préfet reste catégorique en rappelant qu’ “ il y’a un barème national pour évaluer les cultures, les constructions… C’est sur cette base qu’on évalue, ce sont des critères scientifiques. ” Il croit savoir que certains ont encore à l’esprit les montants d’indemnisation du projet pipeline Tchad – Cameroun. “ Ils ont un barème international différent du notre. Ici, c’est le Cameroun qui supporte les indemnisations ”, précise-t-il. Une commission comme celle de la Mefou et Akono vient d’achever les travaux de recensement du côté de Yaoundé. Ici, les populations se sont passées le mot. “ Pas question de se faire avoir comme les villageois! ” A bon entendeur …
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 09-10-2007
Posté le 09.10.2007 par edouardtamba
Dupleix Kuenzob Pedeme
“ Les autorités administratives ont toujours délaissé les populations ”
Le Directeur des programmes du Service œcuménique pour la paix (SeP) dénonce les procédés d’indemnisation appliqués au Cameroun.
[b]Pensez-vous de la méthode employée par le gouvernement pour dédommager les victimes du passage de la route Yaoundé – Kribi ?[/b]
Il faut relever que les indemnisations et compensations au Cameroun n’ont pas toujours fait l’objet de la transparence vis-à-vis des populations. C’est un projet d’utilité publique, mais conformément à la directive 410 de la Banque mondiale, cela ne devrait pas ramener les populations à un niveau de vie plus bas. On se rend compte avec le décret du Premier ministre de 2003, que les taux sont très faibles. Vous comprenez que si les taux de 2003 sont appliqués en 2007, ils auront pour conséquence de réduire le niveau de vie des populations. Il y a un problème de barème. On ne voit pas les paramètres qui rentrent dans la détermination du coût. Tant que les coûts seront forfaitairement et arbitrairement déterminés, il n’y aura pas de justice dans les indemnisations. Il manque de clarifications en matière de destruction des immeubles. Celles qui existent défavorisent les victimes. Ce dans la mesure où elles demandent un inventaire des biens afin de se rendre compte de leur état d’amortissement. Si quelqu’un habite une maison et qu’elle est entièrement délabrée, elle lui sert tout de même d’abris. On a aussi constaté que les indemnisations ne tiennent pas compte du droit coutumier.
Au-delà de l’aspect légal, les populations se plaignent aussi des méthodes employées…
Au moment des décomptes, il est nécessaire que le bénéficiaire soit présent, avec les mêmes documents de référence dont se sert la commission chargée du recensement. Idem pour les paiements. Il faut associer les bénéficiaires à tous les niveaux de la procédure. De sorte que lorsqu’il y a un recours en contentieux, qu’effectivement il y’ait des données opposables à mettre sur la table des discussions. Malheureusement, cela n’a jamais été le cas. Nous notons que lors de ces indemnisations, il n’y a pas que les acteurs concernés. On y retrouve le gouverneur, le préfet, le sous-préfet … le commandant de brigade. Leur présence intimide les populations au point de les amener à taire leurs revendications. A notre sens, les paiement devraient être faits dans la journée, après une sensibilisation préalable. Il faut ouvrir un espace de dialogue pour qu’il n’y ait pas de pression psychologique.
Pour ce cas, on observe que les populations sont abandonnées à elle même, et les autorités traditionnelles sont mises de côté …
Pour nous qui travaillons à accompagner les populations rurales, nous dirons que c’est un rituel au pays. Nos autorités administratives ont toujours rejeté les cadres de dialogue. Elles se sont toujours jouées des populations. Pourquoi ne pas aller directement en face de l’interlocuteur ? Les autorités administratives ont toujours délaissé les populations. La gouvernance voudrait qu’on trouve toujours le consensus selon les règles de l’art. Que j’exprime l’état de mes connaissances sur le sujet. Que j’exprime mes craintes, et qu’elles soient prises en considération. Que je fasse connaître mes intérêts. Et que j’exprime mes désirs. Voilà les quatre conditions nécessaires pour un consensus. Sinon ce sera l’affrontement. L’on aurait du préparer les populations. Les compenser à l’avance. Selon les directives internationales, on devrait les dédommager au moins six mois à l’avance. Et ces populations devraient être préparées durant au moins trois ans. Pourquoi le gouvernement refuse d’appliquer ces normes. Que vont devenir ces populations ? L’attitude de ces autorités participe de la négation de notre citoyenneté.
Entretien avec
Edouard TAMBA
In Le Messager du 09-10-2007
Posté le 09.10.2007 par edouardtamba
DIEUDONNE TABI NGUINI
“Quand vous parlez, le préfet vous menace”
Victime du passage de la route, ce grabataire hémiplégique dénonce les méthodes d’indemnisation du gouvernement. Il a perçu 365.000 Fcfa pour sa case.
Comment avez-vous vous été informé de ce que vos biens allaient être détruits par la passage de la route ?
On n’était même pas informé. Ils avaient mis les croix rouges sur nos maisons depuis plus de quatre mois. Après on nous a demandé de monter à Mbankomo. Le peu d’argent qu’on a perçu là-bas, on nous donné une semaine pour construire. Et on est venu nous détruire. Est-ce que c’est normal ?
Qu’avez-vous perdu comme biens ?
Ma case de 19,5 mètres sur 9,5 m avec plus de cent (100) tôles dessus. J’avais des goyaviers ici et des safoutiers. Tout ça est parti “ Njoh ” [gratuitement, ndlr).
Combien avez-vous perçu à titre d’indemnisation ?
J’ai perçu 365 000 Fcfa pour ma case, et 50 000 Fcfa pour les arbres fruitiers. Dites-moi vous-même si on peut construire une maison avec 365 mille francs. Les tôles seulement coûtent combien ?
Mais vous n’étiez pas informé des méthodes de calculs de la commission ou au moins du barème applicable ?
On n’a été informé de rien. On vous appelle et vous signez sans voir la somme que vous percevez. Et on vous donne l’argent. Quand vous voulez parler, le préfet vous menace. Si vous voulez revendiquer, on vous arrête. Il avait amené des éléments du Gmi [Groupement mobile d’intervention de la police nationale, ndlr] le jour où on payait. Ils ont arrêté un jeune gars. Parce qu’il exigeait de voir le montant avant de signer. Alors, on n’est pas content. Ils nous ont payé vers 22h [le 16-07-09, ndlr]. Est-ce que c’est normal ? Vous avez déjà vu ça où ?
Que comptez-vous faire maintenant, puisque votre chantier est bloqué ?
Je vais faire comment ? Ça va rester comme ça. Je vais faire comment ? Je suis malade. Nous avons tout de même rédigé des requêtes que nous avons déposées à Mbankomo et à Ngoumou. Depuis nous n’avons pas eu de réponse.
Propos recueillis par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 09-10-2007
Posté le 09.10.2007 par edouardtamba
CARNET DE ROUTE
Yaoundé-Ngoumou: Voyage périlleux
L’aller-retour entre Yaoundé et Ngoumou est loin d’être une sinécure. Surtout en temps de pluies.
Moins de 100 Km séparent Yaoundé du chef-lieu de la Mefou et Akono, Ngoumou. Mais le voyage n’est pas de tout repos. Ce matin du 29 septembre 2007, les candidats au périple arrivent en compte-gouttes à la gare routière sise au lieu dit “ trois statues ” à Olezoa. Certains, habitués de la route, ont une idée de ce qui les attend. D’autres non. Ils verront sur place. En attendant, avertis et non avertis déboursent chacun la somme de 1200 Fcfa. Le chauffeur fait office de secrétaire et caissier. Jusqu’à 8h, le minibus de trente-six (36) places tarde à faire le plein de passagers. Pourtant il dessert des clients non seulement pour Ngoumou, mais aussi pour Nomayos, Nkong-Meyos … et Akono.
Le conducteur décide de mettre les gaz. Las d’attendre. “ Gars c’est fort sur la route ”, lui lance un autre chauffeur. Ce dernier dit avoir emprunté cet axe dans la nuit, avec d’énormes difficultés. A cause des effets de la pluie sur la route en terre. Décision est prise de contourner l’obstacle. Au prix d’une vingtaine de kilomètres en plus. “ On va passer par Otélé ”, annonce le conducteur. Son véhicule est loin d’être un bolide. N’empêche, il réussit à griller un contrôle de gendarmerie juste après la station de pesage de Mbankomo. “ Les gens-ci dérangent trop ! ” lâche-t-il.
Le véhicule bifurque à gauche. Et s’engouffre dans la brousse. La route côtoie les chemins de fer à plusieurs endroits. Quand elle ne les traverse pas. Aucun de ces multiples passages à niveaux n’est protégé. Le parcours est sinueux. Sur une route étroite. Les croisements obligent les véhicules à ralentir et serrer dans la broussaille. Quelques passagers descendent au niveau de la gare ferroviaire d’Otélé. Celle de Ngoumou apparaît une demi-heure plus loin. Après environ 2h de voyage.
Les conducteurs accusent
Les conducteurs desservant les villages de la Mefou et Akono (Nomayos, Oveng, Binguela, Ngoumou, Akono … Olama) en veulent à l’entreprise qui exécute les travaux. Approché, l’un d’eux fulmine contre les désagréments que leur causent les travaux sur la route. Il s’agit précisément du “ projet d’aménagement de l’axe Yaoundé – Kribi ”. Les travaux sont actuellement en cours sur le tronçon Yaoundé – Olama. “ Ce qui nous dérange ce sont les déviations ”, dit-il.
L’ancien itinéraire a été modifié par la société exécutant les travaux, Arab contractors. Cette entreprise a creusé des voies parallèles à ses travaux, pour éviter des perturbations liées au trafic.
“ Ils [Arabs contractors, ndlr] passent juste un coup de pelle et on doit circuler dessus. Quand il pleut, c’est grave. Surtout la montée d’Oveng. Là les passagers sont souvent obligés de descendre pour pousser la voiture ”, poursuit notre source. Les conducteurs de mototaxi se plaignent des mêmes difficultés. “ Il faut être expérimenté pour rouler sur la route-là ”, se vante l’un d’eux. Ce qu’ils ne disent pas, c’est que les enchères sont montées. Près de 1000 Fcfa pour un aller simple vers la limite Nkong-Meyos – Binguela. Et plus si le client est un étranger.
La ligne de maisons et baraques situées derrière le marché est marquée. Des croix rouges, bleues et une autre de couleur jaune dans un cercle de même couleur. “ Ce sont les maisons qu’on va détruire. La route passe là en haut ”, indique l’agent de la commune. “ Le marché sera aussi détruit. On a déjà construit un autre là en bas ”, ajoute-t-il. “ Le nouveau marché devait être inauguré le 1er octobre 2007, mais les moyens ont fait défaut ”, confie le responsable d’urbanisme de la ville, pour la commune de Ngoumou, Nkoa Essama Jean B. Il ajoute qu’une circulaire a été remise aux populations riveraines de la future route. Selon lui, le texte indique comment les maisons devraient désormais être bâties. Au nom de l’esthétique.
Dans l’après-midi, il faut désormais débourser 1500 Fcfa pour rentrer vers Yaoundé. Un chauffeur téméraire s’engage sur cet axe. Il perd 3000 Fcfa en traversant trois barrières de contrôle. La mairie d’abord. La gendarmerie ensuite. La police enfin. La pluie recommence. Le chemin est boueux. Deux moto-taximen en font l’expérience après une baignade forcée dans la boue. Entre Binguela et Nomayos, il faut descendre par trois fois pour faire rouler la voiture à la force des bras.
Un premier revêtement de bitume a été déposé à certains endroits de ce tronçon. Mais des barricades empêchent de rouler dessus. Le goudron de l’axe lourd Yaoundé – Douala apparaît enfin. Le détour par Otélé à l’aller était une partie de plaisir. En témoigne les regards ahuris lancés vers les passagers au débarquement à Olezoa. Leur état de propreté en dit long.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 09-10-07