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Nom du blog :
edouardtamba
Description du blog :
Mes articles, dont quelques uns publiés dans le quotidien Le Messager au Cameroun.
Catégorie :
Blog Actualité
Date de création :
30.04.2007
Dernière mise à jour :
02.07.2008
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Entretien

Entretien avec Cyrille TCHAMBA

Posté le 23.08.2007 par edouardtamba
CYRILLE TCHAMBA : CADRE POLITIQUE A L’UMP

"Nicolas sarkozy a prononcé les mots que je n’accepte pas jusqu’aujourd’hui"

Agé de 28 ans, ce Camerounais a été naturalisé français en 2001. Il est titulaire depuis 2007 d’un master en marketing, option stratégies politiques. Sa participation à la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy lui a permis de rédiger un mémoire intitulé : “ Les campagnes présidentielles : Stratégies de victoire ”. De passage au Cameroun, Cyrille Tchamba parle des sorties controversées de Sarkozy, du rôle d’un cadre politique, de l’avenir de l’Afrique …

Cadre politique à l’Ump, en quoi cela consiste-t-il ?
C’est s’occuper des fonctions qui permettent de diriger, prendre des décisions au niveau local ou national et d’avoir des gens qui sont là pour les exécuter. Pour ma part, je suis responsable d’une région où j’impulse la politique. Notamment la politique auprès des couches sociales défavorisées. Ca touche aussi bien les gens des cités que les Français qui sont en difficulté. Dans la campagne de Sarko, je me suis occupé de tout ce qui était quartier à travers “ Quartier de France avec Sarko ” qui était un mouvement qui tendait à promouvoir l’image de Sarkozy à travers les quartiers, et à essayer d’amener la parole des gens des quartiers vers les responsables politiques de l’Ump.

N’était-ce pas une tâche un peu compliquée, surtout quand on se souvient des expressions telles que “ racailles ” et “ kärcher ” prononcées par Sarkozy à l’endroit de ces derniers ?
Forcément. Quand j’ai pris cette action en main, j’ai eu des menaces de mort, des attaques corporelles, mais ça fait partie du boulot. C’est vrai que Nicolas Sarkozy a prononcé des mots que je n’accepte pas jusqu’aujourd’hui, et on le lui a dit. Il a reconnu que ce n’était pas des mots adaptés. Mais on a peut-être grossi les faits. Parce qu’en fait, Nicolas Sarkozy répond à une question posée d’une fenêtre : “ M. le ministre quand est-ce que vous allez nous débarrasser de cette racaille ? ”, et il dit comme il y’a la racaille je vais vous en débarrasser. Mais il n’a jamais dit que c’était tous les Noirs et tous les Arabes. Il disait que la racaille c’est des délinquants. Et je fais bien la différence entre un Africain et un délinquant. Parce qu’un délinquant peut être de toutes les races. Donc quand on dit racaille, ça ne me concerne pas. Mais je dis à tout ceux qui ne sont pas des racailles de ne pas se sentir concerné. Si en marchant dans la rue vous entendez “ bandit ”, passez votre chemin si vous ne vous reconnaissez pas comme bandit. Pour ce qui est de “ Kärcher ”, il faut remettre les choses dans leur contexte. On oublie souvent de rappeler que c’est à la suite de l’assassinat d’un enfant de 11 ans qui allait laver la voiture de son père. En France, on nettoie les voitures avec des machines appelées “ Kärcher ”. Sur le coup, il lance, “ on va nettoyer ces gens au Kärcher ”. Ils ont assassiné un gamin de 11 ans. Il l’a dit dans un contexte bien précis. C’était un jeu de mots, peut-être encore malheureux, mais qui ne me concerne pas. Il est libre de dire ce qu’il veut.

Comment êtes-vous devenu cadre de l’Ump ?
J’ai commencé au lycée. On a fait des grèves, organisé plein de manifs. A l’université c’était pareil. Ces mouvements étaient très marqués à gauche, on était proche du parti socialiste. Puis j’ai milité dans l’association “ Sos racisme ”. Mais je sentais que dans leur discours il manquait du concret. Je voulais aller le plus loin possible, mais avec la gauche on n’a pas cette capacité là. On y croit en l’humain, mais on a toujours tendance à l’infantiliser, à trop le réduire à ce qu’il ne souhaite surtout pas être. Mais à droite, on croit à des idées qui amènent le progrès. La droite est reconnue pour sa promotion de l’économie forte. Au niveau social, la droite place l’homme au centre de la structure économique en disant que c’est l’homme qui doit apporter à la structure économique. Et nous devons nous battre pour que l’homme soit réhabilité par les valeurs du travail. Ces options m’avaient séduit dans le discours de Chirac, en plus des opportunités amicales qui ont fait que je me sente plus intégré dans cette famille. J’ai des grands frères qui militent à gauche depuis près de 25 ans. Là-bas, vous êtes toujours vu comme quelqu’un qui souffre. Quand vous demandez de l’aide, vous y trouvez plus d’oreille. Parce que ce n’est que comme cela que vous êtes perçu. Par contre, c’est plus dur à droite. Mais la promotion des cadres politiques s’est toujours faite en France de bien meilleure manière à droite qu’à gauche. Aujourd’hui on a des ministres au gouvernement et pas à n’importe quel poste. Des responsables politiques de gauche tels que Maleck Bouthi, l’ancien président de “ Sos Racisme ” l’a reconnu. La droite est allée plus loin que la gauche en matière de promotion de la diversité. Nicolas Sarkozy est certes dur, mais il a ce côté d’ouverture où le débat est possible. Rama Yade qui est secrétaire d’Etat aujourd’hui a fait une tribune pour lui reprocher les expressions telles que “ racailles ” et “ Kächer ”. Il a répliqué en l’appelant au dialogue. Rachida Dati lui a écrit pour dire “ M. le ministre je veux travailler avec vous ”.

Quelle est la perception que les Frères africains ont de ce que vous faites ?
Au niveau de la politique nationale, ils nous reprochent d’être à droite. Avec le travail qu’on abat au niveau local, ils comprennent très bien qu’on a des convictions. La responsabilité politique ne dépend pas entièrement de l’idéologie du parti. Il y’a aussi la personne qui exerce ces responsabilités, à elle de démontrer qu’elle a la capacité de comprendre les difficultés des autres. Il y a des mairies de gauche où les maires refusent par exemple des mariages mixtes. Le tout c’est l’individu dans l’exercice de ses responsabilités. Parce que de toutes les façons, il faut que la diversité existe. Les Africains ne doivent pas refuser en Europe ce qu’on leur refuse en Afrique. Nous sommes dans un pays démocratique où le débat est possible, profitons-en. Que le gars soit à gauche ou à droite, l’important c’est qu’on avance.

Quand vous dites “ Ça nous fait avancer ”, on se demande si vous n’avez pas renié le Cameroun, ou votre africanité ?
Non. Je suis parti du principe que, pour réussir, il faut observer les choses, les comprendre et s’intégrer. Vous ne dormirez pas dans un hôtel dehors. Pour y passer la nuit, il faut entrer, payer et entrer dans la chambre. Quand je suis arrivé en France, j’ai connu toutes sortes de difficultés. Je me suis interrogé sur les us et coutumes de cette société. Puis j’ai commencé à comprendre comment ils fonctionnaient, de même que les enjeux. J’ai fais ce qu’il y’avait à faire, sans jamais renier le Cameroun. Je suis comme un enfant qui a deux parents. J’ai mon pays natal, le Cameroun, que j’aime, dans lequel que viens quatre à cinq fois par an. Parce que j’y ai aussi des activités. Et j’ai mon pays d’adoption qui est la France où j’essaye d’apporter ma pierre à l’édifice.

Comment réagissez-vous au discours prononcé par Sarkozy le 26 juillet dernier à Dakar ?
Ce discours ne m’a pas surpris. Mais avec du recul, on se dit qu’il n’avait pas totalement tort. Que ce soit lui ou un autre, il faut bien que quelqu’un réveille notre Afrique. Ils nous virent de chez eux, en nous disant que la jeunesse africaine a plus de chose à faire en Afrique que là-bas. Qu’y a-t-il d’offusquant ? Prenons-le aux mots. Ce discours a été malheureux sur certains points, mais de manière globale il est venu nous dire de remettre en cause la manière de fonctionner tacite que nous avions depuis la colonisation. Aux Africains de réfléchir, par ce que de toutes les façons il y’a toujours des bons et des mauvais côtés.
Il faut noter que la France n’est pas la seule nation au monde où on fait la discrimination positive. Il y a par exemple l’Amérique et sa loterie. On pointe à l’horizon la fuite des cerveaux. Mais aujourd’hui, la France ne pillera pas plus que ce qu’elle a déjà pillé. Quand on ne leur demande pas de venir, ils viennent. Figurez-vous qu’en Angleterre, il y’a plus de médecins d’origine Malawite qu’au Malawi. La discrimination positive permettra de définir un cadre d’immigration dans lequel il y aura peut-être un contrat gagnant gagnant. Peut-être qu’en mettant en place des contrats pour l’immigration, le mécanicien de Tsinga pourrait aller en France pour une durée de trois ans, améliorer ses connaissances, gagner un peu d’argent et revenir au Cameroun ouvrir un atelier plus performant.

Est-ce à ce dire qu’au regard des réactions vis-à-vis de ce discours, les Africains ont eu tort de se sentir insultés et infantilisés une fois de plus?
Nicolas Sarkozy a jeté un pavé dans la marre. Aux Africains de répondre. Mais les discours que j’ai entendu après frisent l’affrontement. De toute façon, Sarkozy en Afrique ne nous est pas utile. C’est le chef d’un Etat de l’Union européenne. Les Africains ne vont pas qu’en France. Est-ce que Gordon Brown ou George Bush se sont exprimés. Sarkozy a donné son point de vue. Il ne faut pas que toute notre intelligentsia se focalise uniquement là-dessus. Que nous réfléchissions sur le problème de l’immigration de manière globale avec nos élites à travers le monde. A chaque fois la France est pointée du doigt. Mais est-ce la France qui pose problème aujourd’hui en Afrique ? Sarkozy de par sa trajectoire atypique a démontré une grande capacité à atteindre ses objectifs. Nous traversons le Sahara à pied, l’océan Atlantique en radeau pour atteindre aussi nos objectifs. Ça veut dire que nous sommes de la même race. Parlons lui, et comprenons-nous.

Vous suggérez qu’on lui donne un chèque en blanc ?
Non. Je ne demande pas qu’on lui donne un chèque en blanc. Lui-même est venu nous proposer son chèque en nous disant ce qu’il veut. A nous de lui dire, M. le président, bien que vous ne soyez pas le partenaire le plus important du monde, parce qu’il y en a d’autres, continuons dans votre logique. Vous avez dit au Mali que la France n’a pas besoin de l’Afrique. Allons jusqu’au bout en concluant que l’Afrique n’a pas besoin de la France. C’est ce que certains chefs d’Etat font en développant de nouveaux partenariats. Avec la Chine par exemple, c’est aussi désastreux. Il se pose un problème de qualité avec leurs produits. Je ne souhaite pas qu’on rentre vers les produits européens, mais qu’on produise nous-mêmes.

Selon vous, la méthode Sarkozy peut-elle mettre fin à des nébuleuses telles que la ‘Françafrique’, et les pactes coloniaux ?
C’est très difficile de parler de Françafrique. Parce que moi-même j’en entends parler depuis des années, mais je ne l’ai jamais vu. C’est une notion qui veut dire beaucoup de choses et rien du tout. Il est très difficile, même pour un chef d’Etat, de revenir sur des accords, surtout économiques. Ils ont profité par le passé du copinage et du besoin de certains dictateurs de préserver leur pouvoir en s’alliant à des forces extérieures. Généralement les contrats sont bien ficelés. Pour une concession de diamants ou d’or, le contrat est en béton. L’état qui va revenir dessus va s’exposer à des sanctions internationales, et ils savent le faire. Maintenant, il faut que nous marquions un point de départ. L’Afrique doit trouver une nouvelle date de départ, se donner de nouvelles règles de fonctionnement et de négociations. Contrairement à ce que les gens pensent, l’Afrique n’est pas finie. L’Afrique ne fait que commencer. Ce qu’on nous a pris ne représente même pas 5% de nos potentialités. Disons nous qu’à partir d’aujourd’hui, nous ne nous laisserons plus abuser. Je suis d’accord avec ceux qui pensent aussi qu’il faut la bonne gouvernance. Qu’on puisse imposer aux chefs d’Etats de nos pays, d’organiser des élections libres et transparentes ; qu’on puisse demander l’alternance politique. C’est un problème qui reste encore aux mains des Africains. Ce ne sont pas les étrangers qui transformeront le destin d’un peuple. Puis l’aide viendra si les Africains se lèvent comme un seul homme pour se battre contre les maux qui minent leur quotidien.

Entretien avec
Edouard TAMBA
In Le Messager du 23-08-2007




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Entretien avec le maire de Lomie

Posté le 04.12.2007 par edouardtamba
CELESTIN ASSAMA MBONGO
“ Quand nous sommes arrivés à la mairie en 1996, c’était la forêt”
De passage à Yaoundé, le maire de Lomie parle de sa longévité à la tête de la commune, ses réalisations et les priorités d’un éventuel dernier mandat.

11 ans à la tête de la mairie de Lomie. Quel est le secret de votre longévité ?
Je suis très proche de mes populations. Et je les écoute en permanence. Sinon je n’aurais pas pu briguer un troisième mandat.

En 11 ans, quelle est votre plus grande réalisation ?
La plus grosse réalisation que j’ai faite, c’est la route Lomie-Yokadouma. Cette route a été ouverte par la commune de Lomie. Nous avons certes créé des écoles et des points d’eau, mais c’est la plus grosse réalisation. J’ai personnellement marché à pieds entre Lomie et Yokodouma ; je sais ce que c’est. Aujourd’hui, toutes les élites de Yokodouma passent par Lomie quand elles voyagent en voiture.

L’enclavement de la région de l’Est est très souvent accompagné de problèmes de sous scolarisation des enfants. Qu’a fait la mairie en 11 ans pour pallier le problème ?
Je ne voudrais pas me jeter des fleurs, j’ai envie de bien faire et laisser dire. Dans la région, la commune de Lomie est celle qui fait le plus pour l’éducation. Nous avons 60 enseignants dans le primaire et le secondaire que nous payons chaque mois. Ça nous coûte au total 5 millions de Fcfa chaque mois. A ce jour, nous avons construit 22 salles de classe équipées de tableaux noirs et de tables bancs. Nous organisons des stages de vacances toutes les années pour permettre aux enfants de parents démunis de préparer leurs rentrées scolaires. Nous payons la bourse à tous les étudiants originaires de la commune de Lomie et de Ngoyla. La commune sœur de Ngoyla n’a pas assez de moyens. Tous ses étudiants ont droit à 50 000 Fcfa pour leurs droits universitaires.

L’activité des exploitants forestiers entraîne généralement des fléaux tels que la prostitution, avec d’éventuels problèmes de santé. Qu’en est-il à Lomie ?
Tout à fait. Nous avons deux médecins pour 15 000 habitants, ce n’est pas beaucoup. Néanmoins, nous avons construit neuf (9) cases de santé équipées de médicaments. Ces cases de santé sont gérées par les communautés elles-mêmes, grâce à un fonds de roulement que nous avons mis à leur disposition. Nous venons de doter l’hôpital de district de Lomie de lits ultramodernes que nous avons reçus grâce à un partenariat noué avec la mairie de Saint-Étienne en France. Quand vous arrivez à l’hôpital de Lomie aujourd’hui, vous trouvez des lits hydrauliques équipés de matelas.

Avec toutes ces réalisations, il apparaît que la commune de Lomie a de grosses recettes financières…
La commune de Lomie est l’une des plus pauvres du pays. Il faut avoir un peu de volonté et aimer ces populations pour utiliser le peu que vous avez à leur développement, à leur bien-être, pour les sortir de la pauvreté. La commune de Lomie vient en 5ème ou 6ème position en terme de recettes forestières dans la province de l’Est, elle n’est pas la plus riche. Beaucoup d’argent …Quand on divise ce que nous avons par 15 mille habitants, on remarque que ça ne signifie rien ; compte tenu du niveau de pauvreté que nous avons trouvé lorsque nous arrivions à la commune de Lomie. Aujourd’hui ça remonte avec les forêts communautaires. Parce que la commune bénéficie des finances à travers les 10% de redevances forestières. Ça fait que les gens sortent progressivement de leur pauvreté. Il s’agit de sensibiliser les gens, de les amener progressivement vers les champs, ce qui va les détourner de l’alcool et des stupéfiants.


Pensez-vous que ça marche vraiment ?
Ça marche. Quand nous sommes arrivés à la mairie en 1996, c’était la forêt, il n’y avait pas de lumière. Onze (11) ans plus tard, il y a l’électricité, on peut suivre le journal à Lomie. C’est un signe qui ne trompe pas, Lomie a changé.

En parlant d’eau et d’électricité, quelle est la situation de l’approvisionnement à Lomie ?
Nous avons la chance d’avoir les groupes autonomes. Nous avons la chance de ne pas vivre les coupures telles que dans les grandes villes et certaines localités. Pour ce 3ème mandat, la priorité de la commune c’est l’adduction d’eau. Il faut que l’eau sorte du mur, qu’on cesse d’aller à la source. C’est vrai que nous avons créé plusieurs points d’eau et des forages, mais nous voulons que les gens puissent avoir de l’eau chez eux dans le centre-ville.

A vous écouter, il apparaît que tout va très bien. Vous n’avez pas d’ennemi ou des adversaires ?
Je ne voudrais pas revenir là-dessus, mais le dernier mandat a été très difficile. La compétition était rude. Je n’avais jamais vu ça à Lomie. Je me réjouis de ce que lorsque je monte à Abong-Mbang ou ailleurs, je constate que c’est la même chose un peu partout. Mais, plus la compétition est rude, et plus on est fier de la victoire. Nous ne sommes pas élus pour rien, les gens comptent sur nous, et nous devons mériter cette confiance.

Quand comptez-vous arrêter votre carrière politique ? C’est votre dernier mandat ?

Je ne voudrais pas tourner en rond. Là, j’ai vraiment envie de me reposer. Les hommes politiques, quand ils ont commencé, c’est comme l’opium. Ils n’ont plus le courage de s’arrêter. Mais je crois que je vais penser à me reposer.


Entretien avec
Edouard TAMBA
In Le Messager du 04-12-2007

L'Afrique a son réseau de Forêts modèles

Posté le 20.11.2007 par edouardtamba
Dr Mariteuw Chimère DIAW
“ C’est un modèle de partenariat totalement volontaire ”
A l’occasion de la création du Réseau africain des forêts modèles vendredi dernier, le coordonnateur du programme de gouvernance au bureau régional du Centre de recherche forestière internationale (Cifor) explique le concept et son avenir au Cameroun.

Qu’appelle-t-on “ forêt modèle ” ?
C’est une forêt où les partenariats établis sont des modèles. C’est un modèle de coopération élargie à tous les acteurs dans un espace forestier très large, où l’on passe d’une situation de conflit à une situation de négociation et de discussion. Cela a été créé par des forestiers. Ce ne sont pas des forêts conservées comme dans un zoo. C’est un modèle de partenariat totalement volontaire. Il faut être convaincu. Pourquoi ces deux sites [Campo (Sud) et Dja et Mpomo (Est), Ndlr] ont gagné ? Le premier critère était de montrer une volonté de partenariat de la part de tous les acteurs. Les forêts modèles qui réussissent sont celles capables de fonctionner avec leurs propres moyens. C’est une plate-forme de 43 sites uniques dans le monde. Tout en étant unique, on partage le même noyau d’idées, fondamentalement basé sur le développement, l’innovation, la durabilité et la mise en commun des énergies. Cela permet de partir d’une société de contraintes et de conflits à une société de coopération et de dépassement. Il n’y a pas une région dans le monde qui en a besoin autant que l’Afrique.

Ce concept tient-il compte des exploitants forestiers ?
Les exploitants forestiers sont dans les forêts modèles parce qu’à travers elles, ils peuvent poser leurs problèmes et développer de meilleurs rapports avec les populations riveraines et résoudre plus facilement les problèmes d’accès à certains types de marchés. Ils peuvent travailler avec les populations pour innover, par exemple dans l’utilisation des résidus du bois. Le capital le plus immédiat que développent les forestiers c’est un capital de type social et relationnel. Parce qu’on est dans un espace qu’on partage avec les autres. Donc les gens au lieu d’entrer en conflit, ont les voies pour dialoguer. C’est la même chose pour les “ agro-plantations ” et les compagnies minières. Lorsqu’on a un gros complexe industriel en Afrique, dans ce contexte de pauvreté, on a tout intérêt à se développer par des passerelles de communication avec les populations. Les forêts sont un système complexe. Et les systèmes complexes sont basés sur l’incertitude. C’est pour cela qu’on emploie la co-gestion adaptative. C’est un système capable de s’adapter, et de résister aux chocs.

Comment en est-on arrivé là au Cameroun ?
Il y a eu quatre phases dans l’avènement des forêts modèles. Il a fallu concevoir et l’adapter au contexte de l’Afrique centrale et du Cameroun. C’est un processus de réflexion qui a commencé ici à Nkolbisson. On a discuté du concept. Les forêts modèles c’est plus qu’une forêt communautaire, communale ou une région forestière aménagée (Rfa). C’est pour cette raison qu’on est allé chercher des espaces de plus de 800 000 ha. Ensuite on est passé à la phase d’appropriation préliminaire par les populations. Il y a eu un concours et les populations qui ont gagné, savent que ce n’est pas un cadeau. Au début il y avait dix critères. On avait commencé avec 20 sites candidats. C’est un long processus. On les a choisis parce qu’ils ont monté de bons dossiers. La 3ème phase c’est la construction des organes de gouvernance et des critères d’appartenance. Les gens doivent adhérer par plate-forme. Ces plates-formes sont des groupes d’intérêt. Les forêts communautaires ont un sérieux problème de viabilisation économique ; elles ont dispersé. Elles sont plus d’une vingtaine à Lomié. Elles peuvent se mettre ensemble et élaborer une stratégie commune. De sorte que, quel que soit l’endroit où on est, on applique cela. Les petits forestiers canadiens sont organisés en syndicats. Pour accéder au marché, au Canada, il faut passer par ces organisations.

Peut-on s’attendre à une augmentation des recettes forestières ?
Nous n’avons rien à voir avec la redevance forestière. La base de la forêt modèle est simple. Elle ne remet en cause aucun titre préexistant, aucune revendication préexistante. Le but, c’est de dire : “ avons un mécanisme dans lequel, au-delà de vos intérêts contradictoires, vous pouvez vous mettre ensemble et voir ce que chacun peut faire pour l’autre de façon organisée et stratégique ”. Lorsque les “ agro-plantations ” d’Hévacam ou de Socapalm ont des problèmes d’extension parce qu’il n’y a plus de place, il faut qu’ils imaginent des formes nouvelles d’organisation économique, qu’ils consultent les populations pour que ces dernières en bénéficient. C’est un peu tout ça l’idée. Il y a des moyens de développer de nouvelles formes d’entraide qui ne s’affrontent pas sur des questions de légitimité, mais qui s’appuient sur des questions pratiques de développement en commun, d’appui mutuel et de bonne gouvernance.

On a souvent observé en Afrique, que le retrait des partenaires entraîne la mort des projets. Ne court-on pas le même risque avec le retrait du Cifor ?
Il y a un risque zéro. Parce que le processus a été fondé sur l’idée d’un consortium. Ce n’est pas basé sur une seule organisation. L’idée c’est justement d’éviter une dépendance excessive. Nous quittons le Cifor pour créer un Réseau africain des forêts modèles avec les appuis internationaux que nous avions, et qui vont être renforcés. L’appui du Réseau international des forêts modèles va être radicalement renforcé. Et il y a d’autres partenaires qui sont intéressés et prêts à nous soutenir de façon importante.

Qu’en est-il de l’appui des pouvoirs publics de Cameroun ?
Il est formidable. On s’est engagé avec le gouvernement. La première réunion des forêts modèles a été présidée par le secrétaire général du ministère de l’Environnement et des forêts de l’époque. La première mission au Canada a été dirigée par le chef de projet de l’époque, aujourd’hui inspecteur général du Minfof, et deux représentants de la Comifac [Commission des forêts d’Afrique centrale, Ndlr]. Toutes les réunions ont été présidées par le ministère avec les représentants d’autres organisations.

Entretien avec Edouard TAMBA
In Le Messager du 20-11-2007

La famille du défunt chef Batcham dénonce un crime

Posté le 28.12.2007 par edouardtamba
Emmanuel DJIATIO
Choqué, le frère aîné du défunt chef s’exprime sur les circonstances du décès qu’il considère comme étant un crime.
« Les auteurs de ce crime seront traqués par tous les moyens »

Dans quelles circonstance est survenue le décès de votre frère cadet, le chef supérieur Batcham ?
J’aimerais d’abord dire que c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris hier à 13h que mon frère n’est plus. Tout de suite je me suis lancé à la recherche et à la clarification de l’information. Toutes les sources d’informations recoupées, indiquaient que mon frère serait sorti la veille [17-12-07, ndlr] pour fêter la naissance d’un garçon chez l’une de ses épouses. Il est retourné tard dans la nuit, fatigué et est allé chez une de ses épouses se reposer. Laquelle a bien voulu le matin lui offrir le petit déjeuner et a remarqué qu’il était profondément endormi. C’était un jour de tribunal coutumier. Les responsables de ce tribunal ayant terminé l’audience, avaient besoin de son avis pour les conclusions des affaires qui étaient à l’ordre du jour. A ce moment, son secrétaire a exigé que son épouse le réveille, avec beaucoup d’insistance. Car plusieurs personnes souhaitaient le rencontrer pour des choses urgentes. Entre 11h et 12, ils se sont rendus compte qu’il était mort depuis longtemps.

Est-ce à dire qu’il n’y a encore aucune précision sur les causes de ce décès ?
Après l’annonce de son décès, les autorités administratives des Bamboutos et celles de la province de l’Ouest, notamment le préfet des Bamboutos, le médecin de l’hôpital provincial de Bafoussam, celui de Mbouda et celui de Batcham se sont aussitôt mobilisé avec l’arsenal de sécurité pour aller s’enquérir de la situation de cette mort brusque. Il faut rappeler que mon frère meurt comme ça à 36 ans, après six ans de règne seulement. Ils se sont rendus à Batcham, et ont exigé que l’autopsie soit faite. Ce qui a été fait, et nous attendons que le corps médical rende publique les causes de cette mort. Une enquête traditionnelle a été ouverte. C'est-à-dire que les notables et un certain nombre de personnalités traditionnelles sont sur une piste. Parallèlement une enquête judicaire est en cours. Actuellement, toutes ses épouses et ses proches sont entrain d’être entendus. Nous attendons que toutes les conclusions soient formulées pour que nous ayons toute la lumière sur cette mort soupçonneuse et brusque. Une mort pour laquelle nous pensons qu’un grand vide va rester à Batcham. Au regard des chantiers amorcés.

Avez-vous une idée de l’atmosphère qui a prévalu à la chefferie pendant le règne de votre frère surtout qu’il est arrivé au trône dans la contestation ?
Comme toutes succession, il y a eu quelques tribulations qui ont été rapidement calmées. Mais j’avoue que mon frère avait un règne de nouvelle vision. Jeune de son état, intellectuel et extrêmement dynamique. Il était prêt à mettre un certain nombre de chose en ordre. Dans un pays où la transparence est rare. Je ne vais pas mettre son décès au compte de cela. Mais il n’est pas exclu que avec toute l’énergie qu’il déployait pour refaire l’autorité traditionnelle et le fonctionnement du village, il pourrait avoir des gens tapis dans l’ombre qui lui en voulait. Il est quand même à noter que quelqu’un qui meurt à cet âge là, sans être malade… Il revenait de Bertoua où il était aller assister à l’installation du gouverneur Lele Lafrique. On s’est même vu à Yaoundé quand il rentrait. Je suis extrêmement choqué par une situation comme celle là. Les enquêtes vont se poursuivre, et je puis vous assurer que la famille insiste pour que toute la lumière soit faite sur ce scandale. Les auteurs de ce crime seront traqués par tous les moyens.
Réalisé par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 21-12-07
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