Emeutes a Abong Mbang
Posté le 30.09.2007 par edouardtamba
Emeutes à Abong-Mbang
Le calvaire des familles et des victimes
Certains sont au chevet de leurs enfants blessés. Tandis que d’autres préparent les obsèques. Ambiance.
Les tristes événements du 17 septembre sont encore dans les mémoires à Abong-Mbang. Même si la vie reprend peu à peu son cours normal. Les commerces sont à nouveau ouverts. Le célèbre bar du hangar colonial ne ferme plus. Les établissements scolaires ont aussi repris les classes. Plusieurs détachements des forces du maintien de l’ordre veillent. En petits groupes, ils font des va-et-vient autour et dans la ville. Des indiscrétions laissent entendre qu’ils ne partiront pas sans avoir mis la main sur les meneurs du mouvement d’humeur ayant déchiré la ville lundi dernier. Une source locale confirme que l’électricité est à nouveau revenue dans l’après midi, après la nouvelle coupure du 19 juin dernier.
Plusieurs familles de la ville sont éloignées de cette ambiance. Notamment celle de Shimpe Poungou Zok Jean Jaurès au quartier Ayéné, et celle de Mvogo Awono Bertrand au quartier Nyong. Toutes font le deuil de ces deux élèves du lycée technique. Ils sont morts par balle le 17 septembre pendant les manifestation à l’entrée d’Abong-Mbang. Les dépouilles ont été évacuées à Bertoua avant-hier. Ces familles doivent attendre le programme officiel des obsèques, venant du ministère des Enseignements secondaires. Les proches des autres blessés retiennent leur souffle. Certains, à l’instar de Fam Donald (15 ans) et Fankem Irénée (39 ans), sont désormais hors de danger. Les plus touchés sont internés au Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yaoundé.
“ On dort sur les bancs ”
Andjini Alexis Jude, âgé de 22 ans, est conducteur de mototaxi. Il est atteint d’une balle à la poitrine. Selon une source hospitalière, le projectile a été repéré à fleur de peau, au niveau du dos. Une incision pourrait suffire pour l’extraire. Le fémur droit de Ndeke Gilbert a été cassé par une balle. Il aurait subi une intervention chirurgicale dans la nuit du 17 septembre. Ngouang-Meyasse (18 ans), élève en classe de 2nde C au Lycée classique d’Abong-Mbang, soufre d’une fracture aux métatarses. Encore les méfaits d’une balle. Contrairement aux autres, Moazang Roseline n’a reçu aucun projectile. Cette élève en classe de 3e au collège Jean-Paul II est victime d’une inhalation de gaz lacrymogène. On affirme à Abong-Mbang que la bombe contenant ce gaz est tombée juste devant elle. Roseline est arrivée à Yaoundé le 18 septembre, dans le coma. C’est le lendemain qu’elle s’est réveillée.
Impossible de rencontrer ces victimes. “ On ne peut pas vous laisser entrer. Aller voir le Pr. Nkam, c’est le chef de l’unité de réanimation. Il est à la direction générale ”, lance une dame en blouse blanche. Ce dernier, par ailleurs directeur général du Chu, est absent de son bureau. Des parents de victimes affirment qu’il est passé le matin. Il était en compagnie du ministre de la Santé publique (Minsanté). André Mama Fouda ne leur a pas adressé la parole, encore moins à leurs enfants couchés dans les salles, indiquent-ils
Le père de Andjini Alexis reconnaît qu’“ on s’occupe bien d’eux. Mon fils se lève de temps en temps et il parle ”. Il pense que le jeune homme devrait être opéré dans la soirée. La mère de Ndeke Gilbert est moins satisfaite. “ Ça ne va pas ”, se plaint-elle, les joues dans les paumes de main. Après l’opération de son fils lundi dernier, “ le sang ne fait que couler de son pied. Il y a du sang où il est couché. Qu’est-ce que je peux vous dire ? C’est lui-même qui sait comment il se sent et qui peut vous dire ce qui lui est arrivé ”, relève-t-elle. Ces parents disent n’avoir pas de famille à Yaoundé. Par conséquent, “ on dort sur les bancs ”, confie les parents de Alexis et Gilbert.
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Edouard TAMBA
In Le Messager du 21-09-07
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Posté le 30.09.2007 par edouardtamba
Emeutes à Abong-Mbang
Tous les ingrédients étaient réunis pour un cocktail explosif à Abong-Mbang. Les causes directes et indirectes.
[SIZE=14]Quand la colère se lève à l’Est[/SIZE]
1- Les ingrédients de la tension
Les populations de d’Abong-Mbang n’en pouvaient plus. Près de quatre mois que durait une coupure d’électricité. « C’est depuis le troisième trimestre de l’année scolaire que le courant est parti. Au mois de mai je crois », se souvient une habitante de la ville. Soit environs quatre mois passés dans le noir. Et comme par enchantement, l’énergie électrique revient à Abong-Mbang. « Après une longue durée de délestage, le courant est venue mardi », raconte natif du coin. Il s’agit du mardi, 11 septembre 2007. Les populations se réjouissent en pensant que Aes-Sonel « se soucie des élèves ». Etant donné que les classes ont recommencé.
L’entreprise de distribution d’énergie électrique en profite pour distribuer les factures aux abonnés. Mais la joie de ces derniers reste de courte durée. « Le courant est reparti jeudi [13 septembre 2007, ndlr] soir », poursuit notre source. Certains se disent que ce passage éclair du courant était juste une entourloupe de Aes-Sonel. Le temps d’une distribution de facture dans le calme. Ceux qui envisageaient un mouvement d’humeur pensent alors que c’est un acte de mépris de trop. Et qu’il faut réagir. L’idée fait son chemin. Le terrain étant fertile.
La population se réunie dans l’après midi du vendredi 14 septembre 2007. Cap sur l’entrée de la ville. Objectif, barrer la route nationale n°10 reliant Yaoundé à Bertoua. Les usagers en voiture sont coincés. Ceux qui veulent traverser à pied n’ont pas de problème. La plus haute autorité du département est absente. Le préfet, Essama Sylvestre, est à Nguelmedouka pour une cérémonie d’installation de l’exécutif communal. Les barricades obstruent la nationale n°10 jusqu’aux environs de minuit. La population libère la voie après une longue négociation du sous-préfet d’Abong-Mbang.
2-Le mauvais jeu du préfet
Revenu dans la ville, le préfet convoque une réunion de crise dans la matinée du samedi 15 septembre. La rencontre rassemble la plupart des responsables de : les administrations publiques, les établissements scolaires, la mairie … Le préfet leur demande de convaincre les population de se calmer. Et promet le retour de l’énergie électrique pour dimanche à midi. Il demande même aux populations de reprendre leur mouvement d’humeur au cas où le délai de dimanche midi ne serait pas respecté. « J’ai délivrer le message du préfet à la fin de la messe du soir. La population m’a hué », dit le curé de la cathédrale. Alors que certains responsables s’attèlent à calmer le jeu, Essama Sylvestre fait appel à un détachement du Groupement mobile d’intervention (Gmi) basé à Bertoua.
Ces policiers débarquent dans la soirée de samedi. A la vue de ces hommes en tenue, les habitants pensent que le préfet les a entubé. Du coup, la colère monte d’un cran. Plus grave, le courant n’est pas revenu à l’heure convenue. Le préfet promet encore. « Il a dit à la radio communale que le courant va revenir le 17 septembre à 12h », relève un élève du lycée technique. Au matin de ce lundi 17 septembre, l’attention est plus portée sur les horloges et montres. L’heure fatidique finit par sonner. Toujours pas d’électricité.
La population se rassemble a nouveau pour aller barrer la route de l’Est. Les conducteurs de moto-taxi s’y mettent en premier. Un des leurs est interpellé, tabassé par les forces de l’ordre et emmené vers la préfecture. La négociation du président de leur corporation ne donne rien. Les manifestants décident d’enrôler les élèves pour faire foule. Ils commencent par le Collège Jean-Paul II, plus proche du centre-ville. « J’ai été le premier attaqué après le collège JP II », dit le proviseur du Lycée classique. Puis vient le tour du Lycée technique. Le proviseur de cet établissement dit avoir « contenu tous les élèves jusqu’à 13h30 ». Les élèves du lycée bilingue sont aussi délogés.
3-Bavures fatales
« A 12h30, les populations se sont soulevées et ont chanté l’hymne nationale. Moi-même j’ai chanté », confie une source ayant pris part à la manifestation. Huit éléments du Gmi, barre la voie aux manifestants. Ils tentent de les disperser avec du gaz lacrymogène et des tirs dissuasifs. En vain. Les manifestants ripostent à l’aide de pierres. Les policiers fendent la foule avec leur camion. « C’est quand ils sont arrivés au niveau du collège Baker que le préfet les a rejoint. Il avait déjà fait traverser sa famille », précise un autre manifestant. Face aux tirs et gaz du Gmi, « les élèves ont riposté. Un caillou a atteint le préfet. Il a sorti son pistolet et a tiré à bout portant ».
Le jeune Mvogo Awono Bertrand Marcel en tenue du lycée technique (Lt), et les mains en l’air selon ses camarades, prend deux balles dans le torse. Shimpe Poungou Zok Jean Jaurès, élève du Lt en uniforme, fonce secourir son camarade et ami. « Il va vers lui. C’est à ce moment que le 2e adjoint au commissaire sort sont arme et tire. Une des balles pénètre par le cou », raconte un proche de ce dernier. Un troisième larron prend une balle à la cuisse en tentant de secourir les lycéens. Puis les coups de feu se multiplient. Huit autres manifestants sont par terre. Quelques téméraires réussissent à transporter les deux premiers vers les centres hospitaliers. Peine perdue. Jean Jaurès, 15 ans, et Bertrand Marcel, 17 ans, rendent l’âme.
La nouvelle est rapportée sur le lieu du crime par le chef du protocole à la préfecture. « Ce sont tes frères ! », lui aurait répondu le préfet en le chassant, selon des témoins. C’est à cet instant que quelques personnes se détachent et foncent vers le quartier administratif. Elles mettent le feu à la préfecture et aux documents y contenus. D’autres se dirigent à la résidence d’Essama Sylvestre. Incendie aussi. Non loin de là, les effets du 2e adjoint au commissaire sont extrait de son domicile et incendiés. Le courroux de la population est monté. Et semble incontrôlable. Le préfet tente une échappée par Bertoua. Mais après 3 Km, la route est déjà barrée vers Mampang.
4-Réunion de crise sous forme de procès
Le gouverneur de l’Est arrive autour de 18h30 avec deux camions de bidasse. Le Secrétaire d’Etat à la défense (Sed) part de Yaoundé avec quelques généraux, des responsables du Sed et une centaine d’élèves-gendarmes. Trois blessés sont évacués vers le Centre hospitalier universitaire (Chu) de Yaoundé. La présence massive des forces de l’ordre fait régner le calme. L’électricité revient vers 8h30 le lendemain. Quelques hauts gradés convainquent les responsables de la station service d’ouvrir. Mais les autres commerces restent fermés.
Une réunion de crise est présidée dans l’après midi par le Sed. Tout le monde veut donner sa version des faits. Ca tourne au procès. Le préfet s’explique : « Nous n’avons pas perçu que la situation allait rapidement dégénéré (…) C’est après vérification que j’ai appris qu’il y avait des victimes. Je ne portais pas d’arme». Le Sed, Jean Baptiste Bokam reste dubitatif et lance : « Je constate que les mesures suffisantes n’ont pas été prise. Est-ce que vous avez organisé une réunion de sécurité en bonne et due forme ? ». L’autre engage une tirade à voix basse et conclut qu’ « en mon âme et conscience nous avons tout fait ».
Les chefs d’établissements s’expliquent à leur tour sur l’implication de leurs élèves. Tous pensent qu’il n’était pas possible de contenir les enfants face à la menace qui prévalait. Et plus grave pour le Sed et ses collaborateurs, ces chefs d’établissement n’ont reconnu aucun assaillant. « J’avoue que je ne suis pas convaincu. Nous sommes gênés que vous ne puissiez reconnaître un seul des manifestants », leur rétorque l’ex Sed, Jean Marie Aleokol. L’assistance reçoit des engagements d’Aes-Sonel. Dans un premier temps, Abong-Mbang sera alimentée par une connexion avec le réseau de Bertoua. En attendant l’installation prochaine de groupes électrogènes vers la fin du mois d’octobre 2007.
Avant d’entamer la réunion de sécurité, J.B. Bokam sort parler à la population rassemblée à l’extérieur de la maison de la femme. Il leur demande de se calmer et de renter chez eux surtout que « des mesures de sécurité assez fermes seront prises pour le retour de l’ordre ». La population n’apprécie pas la méthode. « Ca c’est la dictature, on veut aussi parler », lance une dame. La tension est perceptible. « On veut Essama ! Donnez nous Essama ! » Crie un autre. Le préfet reste sous bonne escorte. Loin de là, les familles des regrettés Mvogo Awono et Shimpe Poungou Zok reçoivent déjà les visites de condoléances.
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Edouard TAMBA
In Le Messager du 25-09-07
Posté le 30.09.2007 par edouardtamba
Au cœur du sinistre
Abong-Mbang est sinistrée et sous bonne garde. Un peu partout, les traces des tristes événements survenus entre le 14 et le 17 septembre dernier. Le visiteur peut remarquer des éclats de pierres sur la route, dès l’entrée de la ville. Tout comme les débris de bois ayant servi à monter les barricades. En marchant le long de cet axe principal, on découvre un centre commercial qui commence à reprendre vie. La station-service sert du carburant depuis le 18 septembre. Les motos-taxis font leurs va-et-vient. D’autres, garées de part et d’autre de la route proposent leurs services aux piétons. « On vous déposent ? » Hèlent-ils en faisant vrombir leurs moteurs.
Policiers du Groupement mobile d’intervention (Gmi) et élèves-gendarmes défilent en petits groupes. On aperçoit aussi quelques éléments du Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (Gpign) et du Bataillon d’intervention rapide (Bir). Les camions les ayants transporté sont garés devant le commissariat de sécurité publique et la maison du parti Rdpc. La désolation apparaît au niveau de la place de la préfecture. La bâtisse vieille de 1950 qui abrite les services de la préfecture est méconnaissable. Le toit et la charpente sont partis en fumée. La paperasse issue de ces bureaux est déversée dans la cour. Une partie brûle encore. Les gendarmes veillent sur les décombres et dévient le chemin des passants trop curieux.
Le spectacle est similaire au domicile du préfet, Essama Sylvestre. Les flammes n’ont pas épargné grand chose. Le bâtiment vieux de 1927 et son contenu mobilier ont cramé. On peut reconnaître à côté ce que le feu a bien voulu laisser d’un congélateur et une parabole d’antenne de télévision. Ce 19 septembre, le four de la cuisine continue d’entretenir un brasier.
Les dégâts sont encore plus grands dans les esprits. La ville a perdu deux de ses lycéens. Leurs familles sont endeuillées. Alors qu’une dizaine d’autre sont au chevet de leurs blessés. En réalité, tout est parti d’un mouvement d’humeur pour protester contre le délestage d’énergie électrique. La manif était pacifique au départ. Puis vint la provocation. Ensuite la tension. Enfin le pire. Une semaine plus tard, Le Messager tente de reconstituer les faits. Sans omettre de relayer ce cri de douleur que lancent des familles meurtries et une population exaspérée.
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Edouard TAMBA
In Le Messager du 25-09-07
Posté le 30.09.2007 par edouardtamba
Coulisse d'Abong-Mbang
Comme des guérilleros
Les meneurs du mouvement d’humeur à Abong-Mbang n’ont pas fait dans la dentelle. Charbon de bois et autres colorants leurs ont permis de se faire des peintures de guerre sur le visage. A défaut des casques de combat, ils portaient des casseroles et récipients en émail. Du coup, « on ne pouvait pas les identifier », se défendent les chefs d’établissements. On affirme qu’en plus, ils étaient équipés de machettes et gourdins.
Un policier amoché
Le bilan des affrontements du 17 septembre 2007, est connu côté manifestants. Deux morts et onze blessés. La douleur est tellement forte qu’on a oublié une victime. Un policier. Il serait sérieusement amoché selon des témoignages. La faute à quelques manifestants habiles au lancer des pierres. Le médecin chef de l’hôpital de district dit n’avoir pas de précision sur ce cas. Le flic blessé a été évacué vers Bertoua pour y recevoir des soins.
Patrimoine en cendre
Abong-Mbang a perdu ses fils. Mais aussi sa mémoire. Presque Tous les documents de la préfecture ont été réduits en cendre. Le reste est versé sur la cour, à la merci de la pluie. Selon le maître des lieux, « il y avait des archives datant de 1930 ». A côté de ces papiers, les bâtiments constituant le patrimoine historico-touristique sont carbonisés. En attendant la réfection, il a été demandé au maire de trouver un local pouvant abriter les services de la préfecture. Car selon le gouverneur de l’Est, Abakar Ahamat, même si la préfecture est brûlée, « la préfecture est debout » et doit fonctionner.
Deux cochons rescapés
Le courroux des manifestants les a conduit à mettre le feu au domicile du préfet. Une aubaine pour quelques uns de procéder au pillage de la résidence préfectorale. Ce feu n’a en fait brûlé que ce qu’ils ne pouvaient emportés. C'est-à-dire, les murs, les meubles, certains appareils, et la Toyota Carina II « presque neuve », dit-on ici. Ils ont vidé les bouteilles de vins et liqueurs de la cambuse vers leurs gorges. Puis chèvres, poules et autres animaux d’élevage ont été emporté. Seuls deux cochons ont échappé à la furie des flammes. Ils flânent dans la cour. Sous le regard hagard de quatre gendarmes, commis pour veiller sur les restes.
Les manifestants atteints de berlue ?
Le préfet du Haut-Nyong Essama Sylvestre a tenu « des propos surprenants » selon des témoins de la manifestation. Au cours de la réunion de crise du 18 septembre 2007, il déclare avoir « sorti un appareil photo numérique pour filmer quelques scènes ». Selon lui, c’est cet appareil photo que des manifestants prennent pour une arme à feu. « Je l’ai vu tirer, l’enfant était à près de 10 mètres de lui », affirme un manifestant. Celui-ci précise même que l’arme en question est un pistolet automatique. L’autre dit ne s’être jamais servi de la seule arme qu’il possède. Un révolver qui serait dans un tiroir de son bureau. Mais tout y a été brûlé. Les habitants de la ville se sont-ils passé le mot pour accabler le préfet ? Ou alors ils sont tous atteints de berlue ?
Préfet récidiviste ?
S’il s’avère que le préfet du Haut-Nyong est auteur des coups de feu ayant tué le jeune Mvogo Awono, ce pourrait être un cas de récidive. Au début des années 1992, il a échappé à la vindicte populaire alors qu’il était en fonction à Yokadouma. Il est difficile de savoir ce qui s’y était exactement passé. Toujours est-il que la population lui en voulait à mort. Heureusement pour lui, ils ont manqué de le brûler. Mais il porte encore sur sont visage les traces des flammes. Sa peau est décolorée à plusieurs endroits.
Déploiement de force
Les populations du chef-lieu du Haut-Nyong n’avaient jamais vu autant d’hommes en tenue. Par centaines, il y’a des gendarmes et policiers ordinaires. Et des éléments des forces spéciales. Le Groupement mobile d’intervention de la police nationale spécialisé dans la répression brutale des manifestations publiques. Le groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (Gpign), formés en priorité pour combattre et abattre les « grands bandits ». Et très discrètement, le redoutable Bataillon d’invention rapide (Bir) de l’armée. Un corps d’élite qui sème la terreur chez les coupeurs de route le long de nos frontières. « Tout ça sert à quoi ? Est-ce qu’ils vont nous ramener l’électricité ? » Se demande un habitant du coin.
Regrets de tortionnaires
Les centaines de bidasses déployés à Abong-Mbang ont eut quelques regrets. « Nous sommes venus de Yaoundé samedi. On a déployé notre matériel. Mais le mouvement était fini. Les gars ci ont de la chance. On allait les traiter », regrette un élément des forces spéciales. Ses collègues et lui ont été déversés dans la ville et autour pour des patrouille. Las de tourner en rond, certains ont envahis les bars. Ensuite, main basse sur la bière. Puis, sur les filles de joies sorties nombreuses de leurs trous, comme des termites après la pluie.
Hébergement compliqué
Il n’y a pas d’hôtel quatre étoiles à Abong-Mbang. Mais les services d’hébergement ne manquent pas. Les auberges parsèment la ville. Avec toute sortes de standing. Sauf que depuis le soir du 17 septembre, les chambres sont presque toutes occupées. « Mais par qui donc, puis que les hommes en tenues dorment à la maison du parti, dans la cour du commissariat et à la belle étoile ? », s’interroge un visiteur. « Il faut savoir que dans ce type de situation il y a plus d‘agents de renseignements en civil que d’homme en tenue », s’entend-il répondre.
Les chefs traditionnels sollicités
Les autorités et élites, venues apaiser les esprits à Abong-Mbang, tenaient aussi à calmer les chefs traditionnels. Ces derniers n’ont pas pris la parole durant la réunion de crise. Dans un premier temps, Joseph Le a souhaité les écouter Puis la rencontre été différée. Les négociateurs préférant « mettre la pression aux chefs » dans un cadre plus restreints.
Qui a prévenu la famille du préfet?
La famille du préfet aurait pu payer le prix fort le 17 septembre dernier. Car lorsque les manifestants apprennent de décès de deux élèves, ils foncent chez le chef de terre. Pas l’ombre d’une vie humaine. Une rumeur annonçant un kidnapping de sa fille a même circuler. « Ma famille a eu la vie sauve parce qu’elle s’est enfui quelque minute avant », assure le préfet lors de la réunion de crise. Tout en démentant le rapt de sa fille. En ville, les populations affirment le contraire. Selon elle, « il avait déjà fait traverser sa famille » avant d’aller refouler les manifestants.
In Le Messager du 25-09-07
Par
Edouard TAMBA
Envoyé spécial à Abong-Mbang