CELESTIN ASSAMA MBONGO
“ Quand nous sommes arrivés à la mairie en 1996, c’était la forêt”
De passage à Yaoundé, le maire de Lomie parle de sa longévité à la tête de la commune, ses réalisations et les priorités d’un éventuel dernier mandat.
11 ans à la tête de la mairie de Lomie. Quel est le secret de votre longévité ?
Je suis très proche de mes populations. Et je les écoute en permanence. Sinon je n’aurais pas pu briguer un troisième mandat.
En 11 ans, quelle est votre plus grande réalisation ?
La plus grosse réalisation que j’ai faite, c’est la route Lomie-Yokadouma. Cette route a été ouverte par la commune de Lomie. Nous avons certes créé des écoles et des points d’eau, mais c’est la plus grosse réalisation. J’ai personnellement marché à pieds entre Lomie et Yokodouma ; je sais ce que c’est. Aujourd’hui, toutes les élites de Yokodouma passent par Lomie quand elles voyagent en voiture.
L’enclavement de la région de l’Est est très souvent accompagné de problèmes de sous scolarisation des enfants. Qu’a fait la mairie en 11 ans pour pallier le problème ?
Je ne voudrais pas me jeter des fleurs, j’ai envie de bien faire et laisser dire. Dans la région, la commune de Lomie est celle qui fait le plus pour l’éducation. Nous avons 60 enseignants dans le primaire et le secondaire que nous payons chaque mois. Ça nous coûte au total 5 millions de Fcfa chaque mois. A ce jour, nous avons construit 22 salles de classe équipées de tableaux noirs et de tables bancs. Nous organisons des stages de vacances toutes les années pour permettre aux enfants de parents démunis de préparer leurs rentrées scolaires. Nous payons la bourse à tous les étudiants originaires de la commune de Lomie et de Ngoyla. La commune sœur de Ngoyla n’a pas assez de moyens. Tous ses étudiants ont droit à 50 000 Fcfa pour leurs droits universitaires.
L’activité des exploitants forestiers entraîne généralement des fléaux tels que la prostitution, avec d’éventuels problèmes de santé. Qu’en est-il à Lomie ?
Tout à fait. Nous avons deux médecins pour 15 000 habitants, ce n’est pas beaucoup. Néanmoins, nous avons construit neuf (9) cases de santé équipées de médicaments. Ces cases de santé sont gérées par les communautés elles-mêmes, grâce à un fonds de roulement que nous avons mis à leur disposition. Nous venons de doter l’hôpital de district de Lomie de lits ultramodernes que nous avons reçus grâce à un partenariat noué avec la mairie de Saint-Étienne en France. Quand vous arrivez à l’hôpital de Lomie aujourd’hui, vous trouvez des lits hydrauliques équipés de matelas.
Avec toutes ces réalisations, il apparaît que la commune de Lomie a de grosses recettes financières…
La commune de Lomie est l’une des plus pauvres du pays. Il faut avoir un peu de volonté et aimer ces populations pour utiliser le peu que vous avez à leur développement, à leur bien-être, pour les sortir de la pauvreté. La commune de Lomie vient en 5ème ou 6ème position en terme de recettes forestières dans la province de l’Est, elle n’est pas la plus riche. Beaucoup d’argent …Quand on divise ce que nous avons par 15 mille habitants, on remarque que ça ne signifie rien ; compte tenu du niveau de pauvreté que nous avons trouvé lorsque nous arrivions à la commune de Lomie. Aujourd’hui ça remonte avec les forêts communautaires. Parce que la commune bénéficie des finances à travers les 10% de redevances forestières. Ça fait que les gens sortent progressivement de leur pauvreté. Il s’agit de sensibiliser les gens, de les amener progressivement vers les champs, ce qui va les détourner de l’alcool et des stupéfiants.
Pensez-vous que ça marche vraiment ?
Ça marche. Quand nous sommes arrivés à la mairie en 1996, c’était la forêt, il n’y avait pas de lumière. Onze (11) ans plus tard, il y a l’électricité, on peut suivre le journal à Lomie. C’est un signe qui ne trompe pas, Lomie a changé.
En parlant d’eau et d’électricité, quelle est la situation de l’approvisionnement à Lomie ?
Nous avons la chance d’avoir les groupes autonomes. Nous avons la chance de ne pas vivre les coupures telles que dans les grandes villes et certaines localités. Pour ce 3ème mandat, la priorité de la commune c’est l’adduction d’eau. Il faut que l’eau sorte du mur, qu’on cesse d’aller à la source. C’est vrai que nous avons créé plusieurs points d’eau et des forages, mais nous voulons que les gens puissent avoir de l’eau chez eux dans le centre-ville.
A vous écouter, il apparaît que tout va très bien. Vous n’avez pas d’ennemi ou des adversaires ?
Je ne voudrais pas revenir là-dessus, mais le dernier mandat a été très difficile. La compétition était rude. Je n’avais jamais vu ça à Lomie. Je me réjouis de ce que lorsque je monte à Abong-Mbang ou ailleurs, je constate que c’est la même chose un peu partout. Mais, plus la compétition est rude, et plus on est fier de la victoire. Nous ne sommes pas élus pour rien, les gens comptent sur nous, et nous devons mériter cette confiance.
Quand comptez-vous arrêter votre carrière politique ? C’est votre dernier mandat ?
Je ne voudrais pas tourner en rond. Là, j’ai vraiment envie de me reposer. Les hommes politiques, quand ils ont commencé, c’est comme l’opium. Ils n’ont plus le courage de s’arrêter. Mais je crois que je vais penser à me reposer.
Entretien avec
Edouard TAMBA
In Le Messager du 04-12-2007