JEAN ALBERT MVONDO ENGOTTO
“ J’ai eu de fausses promesses ”
Il continue d’attendre l’organisation du comice agropastoral à Ebolowa, vingt ans après avoir cédé ses terres à l’Etat pour l’événement.
Dans quelles circonstances avez-vous cédé vos terres pour l’organisation du comice agropastorale de 1988 ?
Le maire de la commune urbaine de l’époque, Enam Mba Samuel, est venu me voir, après avoir cherché un site dans toute la ville, sans succès. Mon terrain était assez grand, et n’était pas accidenté. Il m’a demandé si je peux accepter de le céder pour abriter le comice, quoique j’y ai beaucoup investi avec mes frères. C’était une grande cacaoyère de 38 hectares. J’ai eu de fausses promesses. Le maire m’avait dit que “ le comice ne prend pas les terrains. N’aie pas peur, après le terrain va te revenir ” et que “ on va te payer les cultures. Au cas où l’Etat a besoin de ce terrain, on va vous dédommager soit en vous payant, soit en vous donnant un terrain ailleurs ”. Après il y a eu des expertises pour évaluer les plantes. Ensuite on nous a donné 48 millions pour le dédommagement des cultures.
Que s’est-il passé après que vous ayez cédé vos terres ?
Après, ils ont commencé des constructions en matériaux provisoires. Après deux ans, on nous dit que le comice n’a plus lieu, parce que l’Etat déclare la crise. On avait préparé beaucoup de cultures. Ma femme avait un grand champ de manioc. Toute la contrée était prête. Mais nous avons été tous découragés. Je ne peux pas vous confirmer qu’on est heureux. On veut des réalités de la part de notre gouvernement et de notre parti politique le Rdpc, qui parlent beaucoup sans réalisations. Quand on dit à un paysan attend 5F demain, donnez-lui les 5F. Si après-demain vous lui faites de nouvelles promesses, il aura confiance. Mais regardez vous-mêmes depuis 1980 qu’on a promis un comice à Ebolowa, ils ont fait la route et les installations électriques jusqu’à Ngalane, on était content. On avait l’espoir que la ville allait nous trouver ici. On a même eu des murmures que s’il n’y a pas comice, une université va être construite sur le site. On attend, on attend, mais jusque-là : rien ! Rien !
Le comice étant annulé quelles sont les dispositions qui ont été prises pour que vous rentriez en possession de vos terres ?
On ne nous dit rien. J’ai même écrit deux lettres à la présidence de la République pour ce terrain, mais je n’ai pas de suite. Après j’ai vu l’armée qui s’est engagée à venir borner le terrain. Je me suis fait entendre des histoires. J’ai des photocopies des levées topographiques que l’armée avait faites. J’ai une lettre ici dans laquelle la présidence dit au ministre de la Défense qu’elle n’accepte pas que l’armée s’y installe. Depuis que l’armée a laissé tomber, on est là. Le sous-préfet nous a autorisés à y cultiver des vivres, sauf les arbres fruitiers. Parce qu’on ne va pas nous dédommager deux fois pour les cultures. Il y a à peine un an qu’on a commencé les champs.
Mais il y a actuellement des constructions et des arbres sur le site…
L’Etat a pris une parcelle qui a été attribuée au ministère de l’Agriculture et du développement rural. Ils ont construit des cases communautaires, et ont planté des palmiers, des bananiers et d’autres arbres. Cette parcelle est déjà bornée et on ne peut plus la toucher. Maintenant, on nous dit que le terrain appartient à l’Etat. Et qu’il ne peut dédommager la parcelle titrée. Dans le cas contraire, ce n’est que par des doléances que l’Etat peut nous donner quelque chose, ou nous fournir un autre terrain. Nous avons perdu les plantations qui nourrissaient nos familles. Les enfants ne fréquentent plus, moi-même je suis déjà très malade. Mes frères sont tous morts. Quand il y avait espoir, il n’y a pas eu comice. Maintenant, on ne sait même pas dans quelle situation on se trouve.
Vous attendez toujours le comice agropastoral ?
Dans son discours, le ministre de l’Agriculture et du développement rural a redonné espoir que le comice aura bel et bien lieu. [Discours prononcé par le ministre de l’Agriculture et du développement rural le 16 octobre 2007 à Ebolowa à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, Ndlr]. Comme il a parlé, on attend l’Etat. Mais je suis inquiet, parce que je suis très malade. J’ai la typhoïde, j’ai la tension … Je suis fini. On a commencé les champs. Les paysans c’est l’agriculture. On souhaite qu’il y ait comice à Ebolowa comme il y en a eu partout ailleurs.
Entretien avec
Edouard TAMBA [i]à Ebolowa
In Le Messager du 23-10-2007[/i]