DEVELOPPEMENT
Un siècle de statu quo à Yoko
Visite guidée d’une ville oubliée.
1- Les traces indélébiles de l’Allemagne
“ Ville de Yoko, créée en 1902 ”, indique une plaque en face de la place du marché de Yoko. A gauche de cette plaque, une route bordée de palmiers géants mène à la sous-préfecture et aux autres services de l’administration publique. Mis à part l’antenne relais d’une société de téléphonie mobile, tout y est ancien. Les bureaux du chef de terre sont sur les restes d’une forteresse allemande. Au nom du protectorat, ces derniers s’étaient aussi installés à Yoko. Il se dit ici que ceux-ci voulaient en faire leur capitale. Mais la bâtisse a été partiellement détruite après la déroute des Allemands à la première Guerre mondiale (1914-1918). Une partie de la fondation en briquettes de terre rouge est visible au sol. Près d’un demi mètre de largeur. Un natif du coin dit que la population a progressivement récupéré les briquettes issues de cette bâtisse.
Une tribune a été aménagée tout à côté. Les services publics sont installés dans de vieux bâtiments. On aurait dit des cases abandonnées. Surtout que ce lundi 2 juillet 2007, seules les portes de la sous-préfecture sont ouvertes. Affaires sociales, Education de base, Finances, Domaines, Justice… pas l’ombre d’un fonctionnaire ! “ Ils passent plus de temps dans les bars, c’est là-bas qu’il faut les chercher. C’est parce qu’ils n’ont presque rien à faire ”, explique un fonctionnaire rencontré plus loin. En contrebas des services publics, la prison autrefois construite par les Allemands est envahie par la broussaille. Plus bas, l’hôtel de ville de Yoko. Flambant neuf. Un bijou au regard des autres constructions. Seul bilan visible du maire sorti, Noptine Attir Faustin.
“ Mon bilan est exhaustif. Je ne peux pas l’établir à la hâte devant un journaliste. Allez à Yaoundé, rencontrer le journaliste Joseph Tsala, qui a effectué une mission profonde sur le terrain, il vous rendra compte de ce qu’il a vu, de ce qu’il a entendu et de ce qu’il a vécu. Vous avez filmé l’hôtel de ville ? ”, déclarait-il le 3 juillet 2007 à Yoko. Le commissariat spécial de sécurité publique est sur le même axe, et plus proche de la grande route. Trois policiers y sont en fonction. En plus d’un photographe pour l’établissement des cartes d’identité nationale. “ On fait essentiellement dans le renseignement ”, indique l’un de ces policiers. De ce fait, ils sont toujours en tenues civiles. “ Nos armes sont gardées dans le bureau du commandant de brigade ”, révèle le même policier, pour expliquer leur incapacité à réagir à la suite de l’évasion massive du 28 juin 2007.
2- Français et Norvégiens aussi
La brigade en question est aussi pourvue de trois hommes. “ Quand on regarde la gendarmerie qui n’a que trois éléments, pour une couverture d’au moins 202 Km au Nord, 192 au Sud et 165 Km à l’Ouest et autant à l’Est, nous sommes au cœur du Cameroun, mais abandonnés à nous-mêmes. Sommes-nous au Cameroun, ou dans un Cameroun à part ? ”, s’insurgeait l’ex maire. Cette brigade est un vestige de la colonisation allemande. Les Français l’ont conservé pour les mêmes usages. Aujourd’hui encore, la cloche qui y annonçait le rassemblement marche encore. Juste en face, un hangar sert de place du marché. Selon un enseignant du Lycée de Yoko, “ ce sont les français qui avaient construit ça. Ils rassemblaient les populations dedans pour leur parler ”.
En plus de ce hangar, les colons français ont construit ce qu’il y a de plus tristement célèbre à Yoko : la prison. A l’ouverture, c’était un “ centre de rééducation civique ”, une prison politique en réalité. Depuis 1992, c’est la “ prison principale de Yoko ”. Ce pénitencier construit en 1954 est situé à près de 1,5 Km du centre-ville. Les criminels les plus dangereux des prisons de Yaoundé, Douala, Bafoussam … y sont transférés depuis les dix dernières années. Mais la croissance du nombre de prisonniers est inversement proportionnelle à celle des gardiens de prison. Une source interne révèle que cinquante deux (52) personnels y exerçaient en 1998, contre seize (16) actuellement. “ Pourtant, le nombre de détenus a plus que doublé ”, déplore notre source.
La Norvège a aussi ont laissé des traces à Yoko. Ils y avaient une mission protestante sur des hauteurs situées à environs 3 Km du centre-ville. Deux pasteurs camerounais s’y sont installés après le départ des Norvégiens. Ils y font de l’agriculture. Une famille de nomades Bororos s’est installée dans leur voisinage. Ces derniers squattent les salles d’une l’école primaire. Les Norvégiens ont aussi laissé un hôpital. Le “ Centre de santé intégré privé protestant de Yoko ”, créé le 11 avril 2003. Ce centre côtoie un établissement hospitalier public, plus ancien et plus grand. Les deux couvrent “ l’aire de santé de Yoko ”, avec une population estimée à 5427 habitants.
3- Services limités dans la cité
Mais le service est limité. “ Quand il y a des fractures, il faut évacuer le malade ”, lance le responsable des soins de santé primaire de l’aire de santé de Yoko, Njimbaing Eric. Les évacuations sont aussi obligatoires pour les radiographies, les échographies, les scanners et bien d’autres examens. Cette limitation de services s’étend à tous les domaines. Il n’y a aucune institution bancaire ou de micro-finance à Yoko. Les fonctionnaires et autres salariés sont obligés de faire le déplacement de Yaoundé pour “ toucher ”. Une seule agence de voyage permet la liaison, en principe une fois par jour. Du 30 juin au 3 juillet dernier par exemple, aucun véhicule n’était disponible pour aller à Yaoundé.
Pas l’ombre d’une menuiserie, d’une quincaillerie ou d’une station service à Yoko. Les enseignants se font prier pour assurer les cours au lycée de la ville. L’électricité n’est disponible qu’entre 16h et 10h du lendemain. Lundi, jour du marché, le centre est envahi et la route encombrée par les étals. Ces derniers boudent le marché construit par le maire. Un bâtiment de vingt-quatre (24) comptoirs, estimé à des millions de francs. “ Est-ce que ça c’est un marché ? Ca va contenir combien de commerçants ? ” s’interroge une restauratrice. Tsoungui, natif de Yoko, est plus énervé par l’œuvre. Car non seulement c’est mal fait selon lui, mais plus grave, le bâtiment a été construit sur le stade municipal. Privant ainsi Yoko d’un espace de divertissement. “ C’est un grand tort, parce que avant d’asseoir ce marché, j’ai consulté les chefs traditionnels, les conseillers municipaux, et les opérateurs économiques. ”, se défend l’ex maire.
Il ajoute : “ J’avais la grande ambition de faire un marché digne d’un futur chef-lieu de département. Le plan de ce marché n’est pas achevé. J’ai voulu concevoir le plan du marché de Bamenda. Ce n’est que le début du commencement. Il a fallu des financements pour l’achever. La population qui boude ne comprend rien. Au tour de ce hangar central, il devait avoir d’autres comptoirs qui suivraient la forme rectangulaire de ce terrain. De sorte que les véhicules devaient déverser les marchandises tout au tour de ce hangar.” Trop tard. Il n’a pu rempiler et a été défait même au niveau des organes de la section du parti. A se demander où va la redevance forestière. Car 105 ans après, “ Ville de Yoko, créée en 1902 ” n’a plus de sens. La capitale manquée des Allemands n’a pas fait le moindre pas dans le sens du développement depuis le départ de ceux-ci. Pourtant on dit volontiers ici que “ Yoko est au centre du Cameroun ”. Peut-être. Mais bien loin du centre des priorités des élus locaux et des pouvoirs publics.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 28-08-2007
Est-il possible d'avoir un numéro de téléphone de la mairie de Yoko ? ou d'une autre administration à Yoko ?
Merci d'avance.