FAUNE
Le zoo de Mvog Betsi a perdu son roi
Les 3 millions de francs remis par le ministère des Forêts et de la faune n’ont pu sauver le lion. Il est mort le 24 mars dernier.
Chronique d’une lente agonie
Paul n’est pas mort comme n’importe qui. Les derniers jours du roi des animaux du zoo de Mvog Betsi, ont connu une effervescence particulière. Agitation de ses proches. Annonces de son décès suivies de démentis officiels. Sollicitation par les micros, caméras et appareils photographiques de la presse. Visite du ministre des Forêts et de la faune (Minfof) avec à la clé, une somme de trois millions de francs Cfa “ pour sauver le lion.”
Paradant devant les médias, le conservateur, Gérard Nonga, déclarait le 22 mars 2007, que “ des mauvaises langues ont même annoncé son décès, je puis vous dire qu’il est bel et bien vivant. ” Il cachait mal sa gêne, et la presse en a profité pour lui tirer les vers du nez. “ Combien de temps lui reste-t-il à vivre ? ” Demande un journaliste. “ Il lui reste beaucoup de temps à vivre ”, rétorque-t-il. Sans convaincre. Car, ç’est depuis deux ans déjà, que le lion du zoo est rongé par une insuffisance rénale chronique. Et médicalement, “ on peut soutenir l’animal pendant deux ans ”, explique Laurence Provot, conseillère technique à la direction de la faune et des aires protégées, et Ingénieur du génie rural des eaux et des forêts. “ C’est très commun chez les félidés, même les chats domestiques ”, affirme l’ingénieur. Selon elle, les causes sont variées. Il peut s’agir de la malnutrition, d’un problème génétique, et même du stress. Cette pathologie est “ très courante dans les zoos, même dans les meilleurs zoos comme en Afrique du Sud ”, assure-t-elle.
Ce jour-là, le “Popaul” du coin ne payait pas de mine dans sa cage. Il respirait avec difficulté. Impossible pour cet adulte âgé de cinq ans de se dresser sur ses quatre pattes. Pourtant, son buste, sa crinière et ses pattes avant semblaient normaux. Sa croupe avait maigri, de même que ses pattes arrière. Le fauve avait plutôt l’air d’un paralytique. Les flashes des appareils photo commençaient à l’agacer. Son regard se figeait et son air était devenu plus grave. Il avait fini par grogner. Provoquant un mouvement de recul en masse. “ Mon frère, ce n’est pas parce qu’il est malade hein ! On ne sait jamais”, lance un photographe. Ce dernier a pris la peine de s’éloigner d’une dizaine de mètres. A côté, Chantal, la compagne de Paul fait des va-et-vient.
A quelque chose malheur est bon
Le personnel du Jzbmb, de même que les animaux pensionnaires, pourrait bien se réjouir des malheurs du lion. Cela a servi de prétexte à une visite de travail du ministre des Forêts et de la faune (Minfof), le 22 mars 2007. “ Le zoo de Mvog Betsi est un lieu très important pour l’humanité. Nous sommes donc venus voir comment les choses se passent ici ”, déclare le Minfof, Elvis Ngolle Ngolle. “ L’équipe dirigeante du Minfof a voulu encourager le conservateur et son personnel, et en même temps apporter notre sympathie pour le lion qui est malade ”, poursuit le ministre. Malheureusement, les 3 millions Fcfa n’ont pu sauver le lion.
Pour matérialiser ce soutien, “ nous sommes descendus ici avec une enveloppe pour vous permettre de continuer votre travail ”, annonce le Minfof. Il s’agit d’une somme de trois millions de francs Cfa, en espèces sonnantes et trébuchantes. L’argent est remis aux mains du conservateur, sous les applaudissements et youyous de son équipe. Ensuite, Elvis Ngolle Ngolle s’est rassuré que le personnel du Jzbmb n’a plus d’arriérés de salaires. “ Je puis vous assurer que nous allons continuer de travailler de cette manière ”, promet le ministre. Il annonce l’arrivée prochaine d’un éléphant et d’un autre lion, avant de prendre congé du Jzbmb.
Un lieu où il n’y avait pas que le couple de lions à voir. Le zoo est ouvert tous les jours, et propose des espaces verts avec bancs publics, des espèces végétales, piscine et balançoire pour enfants, un bar restaurant, une salle de conférence et beaucoup d’animaux. Plusieurs établissements scolaires de la ville de Yaoundé l’ont compris. Un guide confie qu’ “ ils sont réguliers ici les mercredis, les vendredis et les samedis après midi.”
Un zoo malgré tout
Quelques mètres après l’entrée principale du zoo, un espace de près de 100 m2 abrite trois espèces. Un trio d’autruches marche d’un pas dansant. Le mâle, grand de plus de 1.80m ne fait pas de la politique. Il semble plutôt somnoler debout. Une famille d’antilopes au pelage brun tacheté de blanc les côtoie. De même qu’un céphalopode furtif, au pelage gris. Plus à gauche, une cage plus petite garde aussi trois espèces. Des crocodiles nains. Un varan qui sort sa langue fourchue lorsqu’on s’approche de trop près. Et une chouette perchée, qui vous regarde droit dans les yeux tant que vous êtes là. Dans la cage d’à côté règne un crocodile du Nil. La bête est énorme. Ses crocs débordants n’ont rien de sympathique. Ses écailles jaunâtres luisent sous les rayons de soleil. “ Il ne supporte pas la cohabitation comme les crocodiles nains ”, lance un guide animalier.
Plus bas, vous verrez une vingtaine de petites tortues se marchant dessus. Une énorme hyène tachetée vit à côté des lions. Comme dans la nature où elles profitent toujours des prises des lions pour se nourrir. Couchée sur le dos, les pattes repliées, elle prend un bain de soleil. Sentant une présence humaine, elle lance un regard goguenard, puis vaque à ses occupations. De l’autre côté, c’est “ la planète des singes. ” Les grilles de leurs cages sont électrifiées. Les babouins sont plus nombreux. Des drills et des mandrills, sont très remarquables par leurs croupes colorées de bleu et de rouge. Comme pour confirmer leur réputation de “ grossiers personnages ”, ils n’hésitent pas à exhiber leurs sexes tout rouges.
Pelage gris foncé et nez blanc, le hocheur justifie son nom en hochant sans arrêt. Les singes patas, primates les plus rapides sur terre, courent dans tous les sens. Signe particulier, ces derniers ont un scrotum de couleur bleu. Non loin de là, mangabeys et singes de Brazza sont voisins. Les premiers ressemblent étrangement à des guenons, mais n’en sont pas. L’un d’entre eux a réussi à sortir de la cage. Il grimpe partout et taquine les autres. “ C’est toujours lui qui sort, et c’est difficile de l’attraper ”, explique le guide. Ces primates ont une attitude qui frise l’intelligence. Selon le guide, ils savent que, contrairement aux fils, les poteaux ne sont pas électrifiés. Il se souvient qu’un chimpanzé qui avait vécu ici autrefois, sortait chaque fois qu’il n’y avait pas d’électricité.
Dans ce zoo, il y a aussi des oiseaux tels que l’aigle royal, les cigognes, des perroquets, des vautours et des paons. D’autres mammifères comme des civettes, un serval, un hérisson et un gros porc-épic de près de 20 kg y vivent également. Bref, un tour en ce lieu ne manque pas d’intérêt. Car malgré la mort du lion, c’est encore un zoo.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 03-04-2007