Posté le 28.08.2007 par edouardtamba
Désordre urbain
L’aloi de l’anarchie à Messa
1-Le bois barre la route
Il existe un raccourci pour partir du futur Palais des sports de Yaoundé au quartier Messa. Cet axe bitumé évite en principe aux automobilistes un détour de 3 à 4 Km par Mokolo, ou encore par la direction de la Santé publique. Malgré cette aubaine, l’axe en question est mal aimé des conducteurs. “ Je ne passe jamais sur la route là. Il y’a toujours les embouteillages ”, se plaint Boris K., chauffeur de taxi. Un des ses confrères est moins intransigeant. “ J’emprunte cette route seulement si j’ai un client qui m’a pris en course pour aller là-bas, ou un dépôt. Parfois aussi quand le travail est très dur ”, dit-il. Les taximen ne sont pas seuls à “ détester ” cette desserte. Et pour cause, les vendeurs de bois bordant cet axe y font la loi.
La scène vécue sur les lieux cet après midi du 24 août dernier permet de mieux comprendre les plaignants. Les vendeurs de ce parc à bois sont installés de part et d’autre de la route. Sur une distance de près d’un Km. Au niveau du carrefour Messa, un camion chargé de planches de coffrage tourne pour entrer dans le parc en marche arrière. Sa manœuvre bloque les véhicules venant de l’hôpital central ou de Messa, pour Mokolo. Au même instant, une camionnette allant dans la direction de Messa tente de stationner pour emporter une cargaison de bois. Le chauffeur de cette camionnette cède le passage à un à un petit véhicule vulgairement appelé “ petit pays ”, afin de manœuvrer plus aisément. Mais celui à qui il cède le passage stationne net devant lui. “ Ca c’est quoi ? Tu es malade ? Avance là-bas pour je gare ”, lance le conducteur de la camionnette. “ Fiche-moi le camp ! ” répond l’autre.
L’affaire tourne à la querelle. Des noms d’oiseaux commencent à voler dans les deux sens. Une quinzaine de véhicules venant de la briqueterie est bloquée. Les protagonistes font fi du concert de klaxons des usagers. Le chauffeur du petit véhicule fini par avancer. Et la situation se décante. Tous les chauffeurs qui avancent des remarques se font engueuler par les deux protagonistes. Plus haut, le camion a réussi à stationner. Une demi-douzaine de personnes le prend d’assaut “ pour décharger les planches ”. La largeur de ce camion occupe plus du tiers de la largeur de la chaussée. Un camion de même dimension et chargé de planche plus courte arrive dans l’autre sens. Il stationne juste derrière le premier. L’activité des déchargeurs gène aussi la circulation. Car ils tirent une planche, et pivotent avec celle-ci pour aller vers le dépôt.
2-L’ordre derrière le désordre
Des pousseurs emportant les planches et autres pièces de bois achetés par des clients se livrent à un manège similaire. Tout comme les déchargeurs, ils sont prompts à assaillir d’injures tout usager qui tenterait de placer une remarque sur leur attitude anarchique. Ils se sentent tout puissant. Et ne font pas qu’obstruer la voie publique. Les différentes corporations y exerçant se discutent la clientèle, se chamaillent, s’escroquent, et se tapent dessus. On y trouve les propriétaires de dépôt, les dépositaires de bois, les démarcheurs, les chargeurs, les déchargeurs, les pousseurs, les chauffeurs, les scieurs, les menuisiers, les restauratrices, les opérateurs de “ call box ” … La situation s’empire parce qu’ils y sont de plus en plus nombreux. “ La demande est forte à cause de la pauvreté. Il y a de nouvelles recrues dans chaque secteurs tous les jours ”, relève le Chef du parc à bois de Messa, Nkoa Ndzana Pierre. Ce dernier décompte soixante-dix dépôts. Chacun de ces dépôts a en moyenne dix dépositaires. Il ajoute à cela vingt menuiseries équipées de raboteuses, de déligneuses et de “ dédoubleuses ”, et une centaine de personnes par corporation.
“ Chaque secteur a un responsable qui me rend compte ”, signale Nkoa Ndzana P. Il avoue que “ c’est difficile car dans toute société il y a toujours des brebis galeuses. Mais on ne leur fait pas de cadeaux ”. Les sanctions vont de l’humiliation en public à la radiation du parc. Pour une meilleure gestion de tout ce monde, la décentralisation est de mise ici. Il existe une instance en dessous de la chefferie du parc. Le Collège de rassemblement et de solidarité, présidé par M. Awana. Ce dernier, encore appelé “ président des jeunes ”, sert de courroie de transmission et ne transmet les conflits au chef de parc que lorsque sa tentative de médiation échoue. M. Awana donne plus de détails sur l’organisation qu’ils ont mise en place. Il révèle que certains d’entre eux suivent une formation qui leur permettra de diriger la circulation sur l’axe. Le temps qu’ils soient prêts, les véhicules n’ont pas le droit de stationner de part et d’autre de la voie. De même que les déchargements de bois y sont interdits les dimanches avant 14h. “ Au cas ou les planches d’un dépôt débordent sur la rigole, on te colle une amende par planche ”, affirme-t-il. Un ensemble de mesures respecté tant bien que mal. Jusqu’à ce que la Communauté urbaine de Yaoundé trouve un site approprié pour cette activité. En attendant, la mairie de Yaoundé II se “ sucre ” avec l’impôt de libératoire qu’elle y perçoit.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 28-08-2007
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Posté le 28.08.2007 par edouardtamba
DEVELOPPEMENT
Un siècle de statu quo à Yoko
Visite guidée d’une ville oubliée.
1- Les traces indélébiles de l’Allemagne
“ Ville de Yoko, créée en 1902 ”, indique une plaque en face de la place du marché de Yoko. A gauche de cette plaque, une route bordée de palmiers géants mène à la sous-préfecture et aux autres services de l’administration publique. Mis à part l’antenne relais d’une société de téléphonie mobile, tout y est ancien. Les bureaux du chef de terre sont sur les restes d’une forteresse allemande. Au nom du protectorat, ces derniers s’étaient aussi installés à Yoko. Il se dit ici que ceux-ci voulaient en faire leur capitale. Mais la bâtisse a été partiellement détruite après la déroute des Allemands à la première Guerre mondiale (1914-1918). Une partie de la fondation en briquettes de terre rouge est visible au sol. Près d’un demi mètre de largeur. Un natif du coin dit que la population a progressivement récupéré les briquettes issues de cette bâtisse.
Une tribune a été aménagée tout à côté. Les services publics sont installés dans de vieux bâtiments. On aurait dit des cases abandonnées. Surtout que ce lundi 2 juillet 2007, seules les portes de la sous-préfecture sont ouvertes. Affaires sociales, Education de base, Finances, Domaines, Justice… pas l’ombre d’un fonctionnaire ! “ Ils passent plus de temps dans les bars, c’est là-bas qu’il faut les chercher. C’est parce qu’ils n’ont presque rien à faire ”, explique un fonctionnaire rencontré plus loin. En contrebas des services publics, la prison autrefois construite par les Allemands est envahie par la broussaille. Plus bas, l’hôtel de ville de Yoko. Flambant neuf. Un bijou au regard des autres constructions. Seul bilan visible du maire sorti, Noptine Attir Faustin.
“ Mon bilan est exhaustif. Je ne peux pas l’établir à la hâte devant un journaliste. Allez à Yaoundé, rencontrer le journaliste Joseph Tsala, qui a effectué une mission profonde sur le terrain, il vous rendra compte de ce qu’il a vu, de ce qu’il a entendu et de ce qu’il a vécu. Vous avez filmé l’hôtel de ville ? ”, déclarait-il le 3 juillet 2007 à Yoko. Le commissariat spécial de sécurité publique est sur le même axe, et plus proche de la grande route. Trois policiers y sont en fonction. En plus d’un photographe pour l’établissement des cartes d’identité nationale. “ On fait essentiellement dans le renseignement ”, indique l’un de ces policiers. De ce fait, ils sont toujours en tenues civiles. “ Nos armes sont gardées dans le bureau du commandant de brigade ”, révèle le même policier, pour expliquer leur incapacité à réagir à la suite de l’évasion massive du 28 juin 2007.
2- Français et Norvégiens aussi
La brigade en question est aussi pourvue de trois hommes. “ Quand on regarde la gendarmerie qui n’a que trois éléments, pour une couverture d’au moins 202 Km au Nord, 192 au Sud et 165 Km à l’Ouest et autant à l’Est, nous sommes au cœur du Cameroun, mais abandonnés à nous-mêmes. Sommes-nous au Cameroun, ou dans un Cameroun à part ? ”, s’insurgeait l’ex maire. Cette brigade est un vestige de la colonisation allemande. Les Français l’ont conservé pour les mêmes usages. Aujourd’hui encore, la cloche qui y annonçait le rassemblement marche encore. Juste en face, un hangar sert de place du marché. Selon un enseignant du Lycée de Yoko, “ ce sont les français qui avaient construit ça. Ils rassemblaient les populations dedans pour leur parler ”.
En plus de ce hangar, les colons français ont construit ce qu’il y a de plus tristement célèbre à Yoko : la prison. A l’ouverture, c’était un “ centre de rééducation civique ”, une prison politique en réalité. Depuis 1992, c’est la “ prison principale de Yoko ”. Ce pénitencier construit en 1954 est situé à près de 1,5 Km du centre-ville. Les criminels les plus dangereux des prisons de Yaoundé, Douala, Bafoussam … y sont transférés depuis les dix dernières années. Mais la croissance du nombre de prisonniers est inversement proportionnelle à celle des gardiens de prison. Une source interne révèle que cinquante deux (52) personnels y exerçaient en 1998, contre seize (16) actuellement. “ Pourtant, le nombre de détenus a plus que doublé ”, déplore notre source.
La Norvège a aussi ont laissé des traces à Yoko. Ils y avaient une mission protestante sur des hauteurs situées à environs 3 Km du centre-ville. Deux pasteurs camerounais s’y sont installés après le départ des Norvégiens. Ils y font de l’agriculture. Une famille de nomades Bororos s’est installée dans leur voisinage. Ces derniers squattent les salles d’une l’école primaire. Les Norvégiens ont aussi laissé un hôpital. Le “ Centre de santé intégré privé protestant de Yoko ”, créé le 11 avril 2003. Ce centre côtoie un établissement hospitalier public, plus ancien et plus grand. Les deux couvrent “ l’aire de santé de Yoko ”, avec une population estimée à 5427 habitants.
3- Services limités dans la cité
Mais le service est limité. “ Quand il y a des fractures, il faut évacuer le malade ”, lance le responsable des soins de santé primaire de l’aire de santé de Yoko, Njimbaing Eric. Les évacuations sont aussi obligatoires pour les radiographies, les échographies, les scanners et bien d’autres examens. Cette limitation de services s’étend à tous les domaines. Il n’y a aucune institution bancaire ou de micro-finance à Yoko. Les fonctionnaires et autres salariés sont obligés de faire le déplacement de Yaoundé pour “ toucher ”. Une seule agence de voyage permet la liaison, en principe une fois par jour. Du 30 juin au 3 juillet dernier par exemple, aucun véhicule n’était disponible pour aller à Yaoundé.
Pas l’ombre d’une menuiserie, d’une quincaillerie ou d’une station service à Yoko. Les enseignants se font prier pour assurer les cours au lycée de la ville. L’électricité n’est disponible qu’entre 16h et 10h du lendemain. Lundi, jour du marché, le centre est envahi et la route encombrée par les étals. Ces derniers boudent le marché construit par le maire. Un bâtiment de vingt-quatre (24) comptoirs, estimé à des millions de francs. “ Est-ce que ça c’est un marché ? Ca va contenir combien de commerçants ? ” s’interroge une restauratrice. Tsoungui, natif de Yoko, est plus énervé par l’œuvre. Car non seulement c’est mal fait selon lui, mais plus grave, le bâtiment a été construit sur le stade municipal. Privant ainsi Yoko d’un espace de divertissement. “ C’est un grand tort, parce que avant d’asseoir ce marché, j’ai consulté les chefs traditionnels, les conseillers municipaux, et les opérateurs économiques. ”, se défend l’ex maire.
Il ajoute : “ J’avais la grande ambition de faire un marché digne d’un futur chef-lieu de département. Le plan de ce marché n’est pas achevé. J’ai voulu concevoir le plan du marché de Bamenda. Ce n’est que le début du commencement. Il a fallu des financements pour l’achever. La population qui boude ne comprend rien. Au tour de ce hangar central, il devait avoir d’autres comptoirs qui suivraient la forme rectangulaire de ce terrain. De sorte que les véhicules devaient déverser les marchandises tout au tour de ce hangar.” Trop tard. Il n’a pu rempiler et a été défait même au niveau des organes de la section du parti. A se demander où va la redevance forestière. Car 105 ans après, “ Ville de Yoko, créée en 1902 ” n’a plus de sens. La capitale manquée des Allemands n’a pas fait le moindre pas dans le sens du développement depuis le départ de ceux-ci. Pourtant on dit volontiers ici que “ Yoko est au centre du Cameroun ”. Peut-être. Mais bien loin du centre des priorités des élus locaux et des pouvoirs publics.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 28-08-2007
Posté le 23.08.2007 par edouardtamba
CYRILLE TCHAMBA : CADRE POLITIQUE A L’UMP
"Nicolas sarkozy a prononcé les mots que je n’accepte pas jusqu’aujourd’hui"
Agé de 28 ans, ce Camerounais a été naturalisé français en 2001. Il est titulaire depuis 2007 d’un master en marketing, option stratégies politiques. Sa participation à la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy lui a permis de rédiger un mémoire intitulé : “ Les campagnes présidentielles : Stratégies de victoire ”. De passage au Cameroun, Cyrille Tchamba parle des sorties controversées de Sarkozy, du rôle d’un cadre politique, de l’avenir de l’Afrique …
Cadre politique à l’Ump, en quoi cela consiste-t-il ?
C’est s’occuper des fonctions qui permettent de diriger, prendre des décisions au niveau local ou national et d’avoir des gens qui sont là pour les exécuter. Pour ma part, je suis responsable d’une région où j’impulse la politique. Notamment la politique auprès des couches sociales défavorisées. Ca touche aussi bien les gens des cités que les Français qui sont en difficulté. Dans la campagne de Sarko, je me suis occupé de tout ce qui était quartier à travers “ Quartier de France avec Sarko ” qui était un mouvement qui tendait à promouvoir l’image de Sarkozy à travers les quartiers, et à essayer d’amener la parole des gens des quartiers vers les responsables politiques de l’Ump.
N’était-ce pas une tâche un peu compliquée, surtout quand on se souvient des expressions telles que “ racailles ” et “ kärcher ” prononcées par Sarkozy à l’endroit de ces derniers ?
Forcément. Quand j’ai pris cette action en main, j’ai eu des menaces de mort, des attaques corporelles, mais ça fait partie du boulot. C’est vrai que Nicolas Sarkozy a prononcé des mots que je n’accepte pas jusqu’aujourd’hui, et on le lui a dit. Il a reconnu que ce n’était pas des mots adaptés. Mais on a peut-être grossi les faits. Parce qu’en fait, Nicolas Sarkozy répond à une question posée d’une fenêtre : “ M. le ministre quand est-ce que vous allez nous débarrasser de cette racaille ? ”, et il dit comme il y’a la racaille je vais vous en débarrasser. Mais il n’a jamais dit que c’était tous les Noirs et tous les Arabes. Il disait que la racaille c’est des délinquants. Et je fais bien la différence entre un Africain et un délinquant. Parce qu’un délinquant peut être de toutes les races. Donc quand on dit racaille, ça ne me concerne pas. Mais je dis à tout ceux qui ne sont pas des racailles de ne pas se sentir concerné. Si en marchant dans la rue vous entendez “ bandit ”, passez votre chemin si vous ne vous reconnaissez pas comme bandit. Pour ce qui est de “ Kärcher ”, il faut remettre les choses dans leur contexte. On oublie souvent de rappeler que c’est à la suite de l’assassinat d’un enfant de 11 ans qui allait laver la voiture de son père. En France, on nettoie les voitures avec des machines appelées “ Kärcher ”. Sur le coup, il lance, “ on va nettoyer ces gens au Kärcher ”. Ils ont assassiné un gamin de 11 ans. Il l’a dit dans un contexte bien précis. C’était un jeu de mots, peut-être encore malheureux, mais qui ne me concerne pas. Il est libre de dire ce qu’il veut.
Comment êtes-vous devenu cadre de l’Ump ?
J’ai commencé au lycée. On a fait des grèves, organisé plein de manifs. A l’université c’était pareil. Ces mouvements étaient très marqués à gauche, on était proche du parti socialiste. Puis j’ai milité dans l’association “ Sos racisme ”. Mais je sentais que dans leur discours il manquait du concret. Je voulais aller le plus loin possible, mais avec la gauche on n’a pas cette capacité là. On y croit en l’humain, mais on a toujours tendance à l’infantiliser, à trop le réduire à ce qu’il ne souhaite surtout pas être. Mais à droite, on croit à des idées qui amènent le progrès. La droite est reconnue pour sa promotion de l’économie forte. Au niveau social, la droite place l’homme au centre de la structure économique en disant que c’est l’homme qui doit apporter à la structure économique. Et nous devons nous battre pour que l’homme soit réhabilité par les valeurs du travail. Ces options m’avaient séduit dans le discours de Chirac, en plus des opportunités amicales qui ont fait que je me sente plus intégré dans cette famille. J’ai des grands frères qui militent à gauche depuis près de 25 ans. Là-bas, vous êtes toujours vu comme quelqu’un qui souffre. Quand vous demandez de l’aide, vous y trouvez plus d’oreille. Parce que ce n’est que comme cela que vous êtes perçu. Par contre, c’est plus dur à droite. Mais la promotion des cadres politiques s’est toujours faite en France de bien meilleure manière à droite qu’à gauche. Aujourd’hui on a des ministres au gouvernement et pas à n’importe quel poste. Des responsables politiques de gauche tels que Maleck Bouthi, l’ancien président de “ Sos Racisme ” l’a reconnu. La droite est allée plus loin que la gauche en matière de promotion de la diversité. Nicolas Sarkozy est certes dur, mais il a ce côté d’ouverture où le débat est possible. Rama Yade qui est secrétaire d’Etat aujourd’hui a fait une tribune pour lui reprocher les expressions telles que “ racailles ” et “ Kächer ”. Il a répliqué en l’appelant au dialogue. Rachida Dati lui a écrit pour dire “ M. le ministre je veux travailler avec vous ”.
Quelle est la perception que les Frères africains ont de ce que vous faites ?
Au niveau de la politique nationale, ils nous reprochent d’être à droite. Avec le travail qu’on abat au niveau local, ils comprennent très bien qu’on a des convictions. La responsabilité politique ne dépend pas entièrement de l’idéologie du parti. Il y’a aussi la personne qui exerce ces responsabilités, à elle de démontrer qu’elle a la capacité de comprendre les difficultés des autres. Il y a des mairies de gauche où les maires refusent par exemple des mariages mixtes. Le tout c’est l’individu dans l’exercice de ses responsabilités. Parce que de toutes les façons, il faut que la diversité existe. Les Africains ne doivent pas refuser en Europe ce qu’on leur refuse en Afrique. Nous sommes dans un pays démocratique où le débat est possible, profitons-en. Que le gars soit à gauche ou à droite, l’important c’est qu’on avance.
Quand vous dites “ Ça nous fait avancer ”, on se demande si vous n’avez pas renié le Cameroun, ou votre africanité ?
Non. Je suis parti du principe que, pour réussir, il faut observer les choses, les comprendre et s’intégrer. Vous ne dormirez pas dans un hôtel dehors. Pour y passer la nuit, il faut entrer, payer et entrer dans la chambre. Quand je suis arrivé en France, j’ai connu toutes sortes de difficultés. Je me suis interrogé sur les us et coutumes de cette société. Puis j’ai commencé à comprendre comment ils fonctionnaient, de même que les enjeux. J’ai fais ce qu’il y’avait à faire, sans jamais renier le Cameroun. Je suis comme un enfant qui a deux parents. J’ai mon pays natal, le Cameroun, que j’aime, dans lequel que viens quatre à cinq fois par an. Parce que j’y ai aussi des activités. Et j’ai mon pays d’adoption qui est la France où j’essaye d’apporter ma pierre à l’édifice.
Comment réagissez-vous au discours prononcé par Sarkozy le 26 juillet dernier à Dakar ?
Ce discours ne m’a pas surpris. Mais avec du recul, on se dit qu’il n’avait pas totalement tort. Que ce soit lui ou un autre, il faut bien que quelqu’un réveille notre Afrique. Ils nous virent de chez eux, en nous disant que la jeunesse africaine a plus de chose à faire en Afrique que là-bas. Qu’y a-t-il d’offusquant ? Prenons-le aux mots. Ce discours a été malheureux sur certains points, mais de manière globale il est venu nous dire de remettre en cause la manière de fonctionner tacite que nous avions depuis la colonisation. Aux Africains de réfléchir, par ce que de toutes les façons il y’a toujours des bons et des mauvais côtés.
Il faut noter que la France n’est pas la seule nation au monde où on fait la discrimination positive. Il y a par exemple l’Amérique et sa loterie. On pointe à l’horizon la fuite des cerveaux. Mais aujourd’hui, la France ne pillera pas plus que ce qu’elle a déjà pillé. Quand on ne leur demande pas de venir, ils viennent. Figurez-vous qu’en Angleterre, il y’a plus de médecins d’origine Malawite qu’au Malawi. La discrimination positive permettra de définir un cadre d’immigration dans lequel il y aura peut-être un contrat gagnant gagnant. Peut-être qu’en mettant en place des contrats pour l’immigration, le mécanicien de Tsinga pourrait aller en France pour une durée de trois ans, améliorer ses connaissances, gagner un peu d’argent et revenir au Cameroun ouvrir un atelier plus performant.
Est-ce à ce dire qu’au regard des réactions vis-à-vis de ce discours, les Africains ont eu tort de se sentir insultés et infantilisés une fois de plus?
Nicolas Sarkozy a jeté un pavé dans la marre. Aux Africains de répondre. Mais les discours que j’ai entendu après frisent l’affrontement. De toute façon, Sarkozy en Afrique ne nous est pas utile. C’est le chef d’un Etat de l’Union européenne. Les Africains ne vont pas qu’en France. Est-ce que Gordon Brown ou George Bush se sont exprimés. Sarkozy a donné son point de vue. Il ne faut pas que toute notre intelligentsia se focalise uniquement là-dessus. Que nous réfléchissions sur le problème de l’immigration de manière globale avec nos élites à travers le monde. A chaque fois la France est pointée du doigt. Mais est-ce la France qui pose problème aujourd’hui en Afrique ? Sarkozy de par sa trajectoire atypique a démontré une grande capacité à atteindre ses objectifs. Nous traversons le Sahara à pied, l’océan Atlantique en radeau pour atteindre aussi nos objectifs. Ça veut dire que nous sommes de la même race. Parlons lui, et comprenons-nous.
Vous suggérez qu’on lui donne un chèque en blanc ?
Non. Je ne demande pas qu’on lui donne un chèque en blanc. Lui-même est venu nous proposer son chèque en nous disant ce qu’il veut. A nous de lui dire, M. le président, bien que vous ne soyez pas le partenaire le plus important du monde, parce qu’il y en a d’autres, continuons dans votre logique. Vous avez dit au Mali que la France n’a pas besoin de l’Afrique. Allons jusqu’au bout en concluant que l’Afrique n’a pas besoin de la France. C’est ce que certains chefs d’Etat font en développant de nouveaux partenariats. Avec la Chine par exemple, c’est aussi désastreux. Il se pose un problème de qualité avec leurs produits. Je ne souhaite pas qu’on rentre vers les produits européens, mais qu’on produise nous-mêmes.
Selon vous, la méthode Sarkozy peut-elle mettre fin à des nébuleuses telles que la ‘Françafrique’, et les pactes coloniaux ?
C’est très difficile de parler de Françafrique. Parce que moi-même j’en entends parler depuis des années, mais je ne l’ai jamais vu. C’est une notion qui veut dire beaucoup de choses et rien du tout. Il est très difficile, même pour un chef d’Etat, de revenir sur des accords, surtout économiques. Ils ont profité par le passé du copinage et du besoin de certains dictateurs de préserver leur pouvoir en s’alliant à des forces extérieures. Généralement les contrats sont bien ficelés. Pour une concession de diamants ou d’or, le contrat est en béton. L’état qui va revenir dessus va s’exposer à des sanctions internationales, et ils savent le faire. Maintenant, il faut que nous marquions un point de départ. L’Afrique doit trouver une nouvelle date de départ, se donner de nouvelles règles de fonctionnement et de négociations. Contrairement à ce que les gens pensent, l’Afrique n’est pas finie. L’Afrique ne fait que commencer. Ce qu’on nous a pris ne représente même pas 5% de nos potentialités. Disons nous qu’à partir d’aujourd’hui, nous ne nous laisserons plus abuser. Je suis d’accord avec ceux qui pensent aussi qu’il faut la bonne gouvernance. Qu’on puisse imposer aux chefs d’Etats de nos pays, d’organiser des élections libres et transparentes ; qu’on puisse demander l’alternance politique. C’est un problème qui reste encore aux mains des Africains. Ce ne sont pas les étrangers qui transformeront le destin d’un peuple. Puis l’aide viendra si les Africains se lèvent comme un seul homme pour se battre contre les maux qui minent leur quotidien.
Entretien avec
Edouard TAMBA
In Le Messager du 23-08-2007
Posté le 22.08.2007 par edouardtamba
Gestion gabégique de Gilles Belinga et cie:
On attend le procureur… dans l’affaire Sic
L’audience du 13 juillet dernier a clôturé les débats dans l’affaire Sic.
Tribunal de grande instance du Mfoundi – Centre administratif. Une audience de l’affaire Ministère public et Société immobilière du Cameroun contre Gilles Roger Belinga et ses co-accusés s’y déroule depuis 13h. “ La cause est remise au jeudi 2 août 2007 pour les réquisitions du Ministère public et les observations de la parties civiles ”, annonce Mme Meka, présidente du tribunal. Ce propos annonce la fin d’une étape dans le cadre de ce procès ouvert en novembre 2006. Les accusés ont pour la plupart été entendus. Mis à part un décès et une fuite, parmi la vingtaine de prévenus. Avec les témoins, ils ont été entendus dans le cadre des procédures de : Examination in chief, Cross examination et Re-examination. Les pièces à conviction ont aussi été examinées. Certaines sont rejetées et d’autres acquises.
Les dernières ont été admises par un jugement d’avant dire droit de la présidente. Il s’agit des pièces liées à l’audition des commissaires aux comptes Messi et Leuzeu. Tous deux poursuivis pour production de faux bilans et acquisitions frauduleuse des maisons de la Sic. Avant le renvoi de l’affaire, les accusés Mvondo et Nanga se sont expliqués sur des accusations de détournement des dotations de carburant. Selon le premier, les décharges liées à cette dotation se trouvent dans un registre désormais introuvable à la Sic. “ Ce registre a existé à la Sic, mais il n’y est plus ”, dit Me Maloka, l’un des conseils de la partie civile. “ Beaucoup de coaccusés ont emporté des pièces, même originales, de la Sic ”, accuse-t-il.
Le second semble avoir plus de chance. L’un des registres présentant la traçabilité des dotations de carburant est disponible. Il effectue des travaux de compulsion avec l’aide de son avocat. Son compte-rendu à la barre a été interrompu par la présidente. Cette dernière a observé que les chiffres avancés par le sieur Nanga sont déjà au-delà de ceux à lui reprochés. Avant de préciser qu’elle exploitera le contenu de la note de plaidoirie, le moment venu.
Les conseils de la Sic et le tribunal n’ont pu s’entendre sur “ la fin des débats ”. Les premiers souhaitaient se constituer partie civile, “ parce que c’est la fin des débats ”, conformément à l’article 385 du Code de procédures pénales. Un avis que ne partage pas le tribunal. Selon la présidente, “ les débats continuent avec les réquisitions et les plaidoiries ”, conformément à l’article 388 du même code. De ce fait, “ vous ne risquez aucune forclusion ”, a rassuré le tribunal.
Du Feicom à la Sic
La grande salle d’audience du Tribunal de grande instance du Mfoundi- Centre administratif accueille désormais l’affaire Ministère public Société immobilière du Cameroun contre Gilles Roger Belinga et ses co-accusés. A la suite du verdict rendu dans le cadre de l’Affaire Feicom, le 28 juin dernier. Seulement, il y a moins de monde. Moins d’accusés, moins d’avocats, moins de parents, moins de geôliers, moins de journalistes, moins d’observateurs et moins de curieux. L’assistance fait à peine le tiers de la salle.
©
Edouard TAMBA
In Le Messager du 16-07-07
Posté le 22.08.2007 par edouardtamba
PREVENTION ROUTIERE
Les agences de voyage en infraction permanente
La campagne spéciale de prévention routière du 17 août 2007 laisse apparaître qu’aucun véhicule de transport en commun n’est en règle.
Quelques usagers de l’axe Sangmelima-Yaoundé ont été surpris dans l’après midi du 17 août. Des agents de la délégation provinciale du ministère des transports (Mintrans) pour le Centre y avaient érigé des barrières de contrôle. Ils arboraient des chasubles vertes, sous une pluie battante, et interpellaient des véhicules. Ils contrôlaient des pièces personnelles des chauffeurs et des pièces du dossier des véhicules, et procédaient à des tests des alcotest. Ils ont aussi procédé à la vérification des roues de secours … Quelques policiers et gendarmes les assistaient. A l’entrée de Mbalmayo, un véhicule de type Coaster en partance pour Yaoundé est interpellé. Le car qui semble neuf, a à son bord environ trente-cinq passagers. Le chauffeur n’avait aucune pièce personnelle. Et “ les pièces du véhicule ? ”, lui demande un policier, sous le regard de quelques autorités du Mintransports et une foule de curieux. Ce dernier bredouille que le véhicule n’a aucune pièce. Un autre policier observe que la roue arrière gauche est totalement usée laissant apparaître des brins de fer. Plus grave, il n’y a pas de roue de secours.
Des passagers piaffent d’impatience. “ Ca c’est quoi, vous dérangez les gens ”, lance un d’entre eux. “ Il faut souvent faire ça dans les agences, pas quand on est déjà en route ”, ajoute un autre. Le commandant de la brigade de prévention routière au Mintrans, Joseph Mbé, monte dans le car pour expliquer le problème aux passagers. “ Il vaut mieux avoir une panne de moteur qu’un problème de pneu ”, dit-il ensuite au chauffeur. Pour mieux se faire comprendre, il rappelle un drame survenu en juin 2006. Au cours d’un contrôle “ à Efok, on dit au chauffeur que ses pneus sont usés. Surtout le pneu avant droit. Il reconnaît que c’est usé et promet de rouler doucement. Les passagers descendent de la voiture pour se plaindre du temps qu’on leur fait perdre en changeant la roue. ” Puis ces derniers prennent sur eux de contrôler le chauffeur afin qu’il roule doucement. “ Chose curieuse, après une trentaine de minutes, on nous appelle pour signaler un accident mortel entre Makénéné et Tonga. Arrivé sur les lieux on constate que c’est le même véhicule. Le pneu en question a éclaté ”, se souvient Joseph Mbe. Sur les lieux, ils découvrent que le véhicule a basculé dans le ravin. Bilan neuf morts.
Opérations sporadiques
Pour que l’histoire ne se répète pas, le véhicule est conduit à la brigade de gendarmerie de Mbalmayo. Un agent confie que “ c’est le véhicule d’un boss de la présidence qui s’en fout ”. Ce “ boss ” n’est pas le seul insouciant. Tous les véhicules interpellés par la suite sont en infraction. Au niveau du lieu dit carrefour Sangmelima, un car d’une autre agence n’a pas de carte bleue. Face aux balbutiements du conducteur, le délégué provincial des transports pour le Centre affirme que “ tous les véhicules de cette agence n’ont pas de carte bleue ”. Mais les agents seront plus indulgents. Cette opération du Mintrans est une campagne spéciale de prévention routière. Ce département estime que l’approche de la rentrée scolaire augmente l’intensité du trafic sur les routes du Cameroun. “ Ce que nous attendons des usagers c’est un plus grand sens des responsabilités, afin que nos routes ne soient pas des mouroirs ”, dit le secrétaire d’Etat au Mintrans. Il ne cache pas sa déception du fait que “des véhicules interpellés certains n’avaient même pas de pièces.” Des campagnes sporadiques vont-elles résoudre le problème ? “ Ces campagnes ne sont pas sporadiques. Nous mettons l’accent pendant les périodes de haut trafic : les fêtes de fin d’année, les rentrées et les vacances scolaires ”, martèle-t-il.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 21-08-2007
INTERVIEW
NKOUTOU JEAN-CLAUDE :
DELEGUE PROVINCIAL DES TRANSPORTS POUR LE CENTRE (DPTC) PAR INTERIM
“ Nos agents ne font pas le travail ”
Le Dptc dénonce la complaisance des agents du Mintrans et annonce une imminente répression.
En quoi consiste exactement la campagne que vous avez organisée ?
La prévention routière est d’abord une technique d’intervention du ministère des Transports par laquelle nous sensibilisons les usagers de la route que sont les piétons, les conducteurs, les responsables des structures de transport, pour les amener à adopter des attitudes pouvant nous permettre d’éviter des accidents sur nos routes. La campagne que nous sommes en train de mener est dite spéciale du fait qu’elle coïncide avec une période qui draine beaucoup de personnes et de déplacements, source de beaucoup d’accidents. Pendant la période de vacances, le taux de sinistres est très élevé et nous accentuons nos interventions sur la voie publique afin d’amener les gens à mieux comprendre ce pourquoi nos éléments sont en route.
On observe que les infractions sont assez régulières. Et vous évoquez à chaque fois la phase de sensibilisation. Cette sensibilisation n’est-elle pas en train de trop durer ?
Oui vous savez que la répression qui est l’autre versant de la prévention est avant tout une prévention parce que quand on réprime, on amène aussi les gens à se conformer. Autant nous faisons la prévention, autant nous réprimons. Vous avez vu que pendant nos démonstrations, nous avons eu à demander au commandant de compagnie de garder certains véhicules. Non seulement ils devront payer des amendes, mais ils auront à rectifier des griefs pour lesquels leurs véhicules ont été retenus. Cette descente m’a aussi permis de constater que nos agents qui sont en route tout le temps ne font pas le travail pour lequel ils y sont. Tous les véhicules que nous avons interpellés étaient en infraction. Si ce n’était pas des problèmes de roues, c’était des problèmes de titre de transport. J’ai un programme de formation de mes agents, afin d’amener ceux-ci à mieux comprendre ce pourquoi on les envoie en route.
Au cours de l’opération on vous a entendu dire à propos d’une agence de voyages, qu’aucun de ses véhicules ne dispose d’une carte bleue. Face à de telles infractions, n’êtes-vous pas trop complaisants ?
A l’heure où nous parlons, aucune agence n’est en règle. Parce que le paysage textuel du Mintrans met toutes les agences dans une situation d’irrégularité. Puisque ça fait plus d’un an aujourd’hui qu’on devrait commencer à contrôler certains titres de transport. Notamment les autorisations que le Mintrans doit leur délivrer. Les opérateurs du secteur des transports ont créé des gares routières privées. Beaucoup d’entre eux se contentent de la licence. Mais c’est juste une condition pour accéder à la profession de transporteur. Une fois la licence acquise, il doit choisir le type de transport que vous voulez exercer : marchandises, personnes, déménagements … Aucune agence n’a cette autorisation. J’attends que la campagne finisse pour lancer mes équipes sur le terrain pour le contrôle. Je leur ai déjà dit de se conformer aux textes réglementaires. Ceux-ci prescrivent que là où on a constaté des infractions, qu’on entende les responsables sur procès-verbal. Une copie est envoyée au procureur de la République et une autre au Mintrans. Tous les contrevenants seront traduits en justice.
Par Entretien avec
E.T.
In Le Messager du 21-08-2007
Posté le 22.08.2007 par edouardtamba
YAOUNDE-YOKO
Une journée de voyage sur une route défoncée
Le trajet Yaoundé-Yoko, long de 272 Km, est un véritable parcours du combattant.
1- A bord d’un “ dinosaure ”
Je ne connaissais de Yoko que sa célèbre prison. Jusqu’à ce que je sois obligé d’y aller, pour des “ raisons professionnelles ”. Des dizaines de prisonniers se sont évadés de cette prison, dans la nuit du 27 au 28 juillet. On parle d’une soixantaine. La plupart seraient des condamnés à mort. Mais il est impossible de faire le voyage au matin du vendredi 28 juillet. Une seule agence de voyage assure la liaison entre Yaoundé et Yoko. “ Une fois par jour, et le car est déjà parti ”, m’a dit alors un originaire du coin. Il précise qu’il faut faire la réservation pour le voyage du lendemain. Ce report de 24h m’arrange. Car la nuit du 27 au 28 a aussi été agitée à Yaoundé. Les salles de rédaction ont veillé pour rendre compte du verdict dans l’affaire Feicom.
Je débarque à l’agence, samedi, autour de 6h30. Il s’agit de “ Alliance voyage ”, située en face de l’Ecole nationale supérieure de police. Dans la nuit, j’ai pu découvrir que la ville de Yoko est à 272 Km par route, de Yaoundé. Yoko, c’est aussi l’un des cinq arrondissements que compte le département du Mbam et Kim, en plus de Ntui, Ngoro, Ngambe-Tikar et Mbangassina. A l’instant, je découvre le véhicule dans lequel le voyage va s’effectuer. Un car de marque Renault Saviem Sb2. Pire qu’une pièce de musée. Un fossile de l’automobile. C’est en 1964 que sa fabrication a commencé dans les usines de Renault en France.
Des agents s’affairent à charger les bagages au dessus de la voiture. Des sacs, des cartons, des barres de fer à béton, un vélo, une motocyclette … et des bidons d’une contenance de 20 litres, pleins d’essence. “ Il n’y a pas de station service à Yoko ”, lance Benjamin le chauffeur du car, face à mon étonnement. Après quelques négociations et interventions, j’obtiens d’effectuer le voyage en première classe. Autrement dit, à la cabine. Un paradis comparé aux places arrière. Cinq rangées de bancs en fer sont recouvertes d’une fine couche de mousse, et juchés sur des tiges métalliques soudées au “ sol ” du véhicule. Cinq personnes s’asseyent par rangées, quels que soient leurs gabarits. Tout autour d’eux, des messages du genre : “ Défense de parler au conducteur ”, “ Nous ne sommes pas responsables des bagages non payés et autres colis mal emballés ”, “ Qui casse la vitre paye ”… et “ Bon voyage ”.
Un voyage qui commence aux environs de 8h30. “ Tu es déjà allé à Yoko ? C’est un long voyage hein ! ”, me dit Mamadou l’Egyptien, mon voisin à la cabine. Benjamin confirme avec un léger sourire. L’Egyptien a la jambe droite brisée. “ Un accident de moto. Je vais au village pour qu’on me masse ”, confie-t-il. C’est la bécane en question qui a été chargée sur notre car. Benjamin reçoit un coup de fil et s’énerve. “ Le bac est en panne, on va passer par Sa’a ”, annonce-t-il. Une mauvaise nouvelle, au regard des réactions. Et pour cause, “ en passant par Sa’a, ça fait près de 50 Km en plus ”, explique Benjamin. La mauvaise nouvelle m’envoie dans les bras de Morphée. Mais pour combien de temps, puisque les secousses me réveillent. On traverse la ville de Sa’a, puis le pont de l’enfance.
2- Arrêts intempestifs
Un pont chargé d’histoires. La Sanaga coule en dessous. L’ouvrage est croulant et vibre. Les armatures en fer sont rouillées. Les planches qui forment la surface du pont ne sont plus fixes. “ C’est l’ancienne route de l’Ouest. Pour aller à Bafoussam à l’époque, on passait la nuit sur cette rive ”, se souvient Benjamin. Au fur et à mesure qu’on avance, je ne peux m’empêcher de me demander de quel côté Mme Dikoum Marinette et ses complices avaient balancé la dépouille de leur victime, en 1983. Après le pont, on prend un virage à droite et “ voici les premiers villages de Ntui ”, lance l’Egyptien.
A Betamba, les bâtiments abandonnés d’un centre de réinsertion sociale de “ haute réputation ”, apparaissent. “ Quand ce centre fonctionnait, tu ne pouvais pas voir les nanga boko en ville comme aujourd’hui. Le pays ci est gâté ”, se souvient amèrement un passager à l’arrière. Juste à l’entrée de la paroisse de l’Eglise presbytérienne camerounaise (Epc) de Ntui, un contrôle routier animé par huit gendarmes, armes aux poings. Il est 11h30. “ Descendez tous s’il vous plaît, et tenez vos cartes d’identité en main ”, lance le chef de patrouille. Mon voisin n’en a pas. Tout comme son épouse assise derrière nous. Quelques passagers manifestent leur mécontentement. “ Nous venons de Yaoundé, et on est là pour votre propre sécurité. Vous ignorez ce qui se passe à Yoko ? ”, s’emporte un gendarme. Le chauffeur joue les médiateurs. “ Ca va, vous pouvez partir. Ne portez personne en route ”, conseille le “ chef ”. Mais notre guimbarde ne démarre pas au quart de tour. Il faut pousser et on est sur une pente. “ Je ne peux pas “ tchouker ” en marche arrière, ça peut me casser le pont. Poussez pour qu’on monte d’abord ”, dit Benjamin. Quelques passagers s’y mettent, mais le car ne bouge pas. “ Faites descendre les femmes ”, lance le chef de patrouille. Ensuite, il joue les coaches : “ Un, deux, trois, pousseeeeez ! Un, deux, trois, pousseeeeez ! ”
Après un quart d’heure d’efforts, le moteur démarre. Une autre patrouille nous stoppe en face de la compagnie de gendarmerie de Ntui. Même scénario. Tous les passagers à terre, identification, grincements de dents, médiation de Benjamin … Nous repartons. La route serpente dans la forêt. Elle est sinueuse et défoncée. La faute aux grumiers, dit-on ici. Les villages habités sont de plus en plus distants les uns des autres. Benjamin s’arrête un peu partout pour laisser des nouvelles, des paquets ou du courrier. Kountoung, Bindalima, Bilanga Kombe, Bivouna, Mindi, Nguila et nous entrons dans l’arrondissement de Yoko. Le premier village s’appelle Essandja. Peu après le village Ngouetou, nous croisons un cortège de véhicules officiels. Le préfet du Mbam et Kim, et des autorités du ministère de la justice reviennent de Yoko.
3- Un bourbier, des tecks, puis Yoko
Huit heures d’horloge qu’on est en route pour Yoko. Quelques kilomètres après Mangaï, le car s’enfonce dans un bourbier. Les coups de pédale et de volant du chauffeur font plutôt tanguer la voiture. “ Tous le monde à terre, il faut pousser ” ordonne le convoyeur. Les passagers sont encore sollicités. Le convoyeur creuse la route à l’aide d’une machette. Le chauffeur accélère et réussit à s’extraire de la boue. “ C’est souvent ici qu’on fait des jours, si un grumier ne vient pas nous tirer ”, commente-t-il après. Des arbres, appelés ici “ teck ”, bordent la route. “ Ce sont les Allemands qui avaient planté ça. Ces arbres consomment beaucoup d’eau et empêchent la route d’être glissante ”, raconte Benjamin. Ces “ tecks ” forment une sorte de tunnel, ses branches bloquent la lumière du soleil à certains endroits.
Nous arrivons au carrefour Megang à 18h30. La nuit commence à tomber. Une patrouille de gendarmes y est en poste. Une vingtaine d’hommes en tenue plus nerveux. L’un d’eux confie qu’ils appartiennent à l’escadron n°1 de la gendarmerie mobile. Une unité de la légion de gendarmerie du Centre. “ On est arrivé à Yoko aujourd’hui. Nos collègues ont fait un accident très grave, on les a évacués à Yaoundé. Nous allons passer la nuit ici ”, poursuit-il. Ses collègues et lui ont chacun une mitraillette AK 47 ou M16, et deux chargeurs. Les passagers sans cartes d’identité nationale réussissent encore à passer. Après une intervention de Benjamin. Cette fois, il est allé jusqu’à leur donner du pain. “ Gars débrouillez vous avec ça, on a pas de sardines ”, leur lance-t-il. Les bidasses se fendent en remerciements. “ On n’est plus loin de Yoko ”, me dit-il. Entre temps, on n’en finit de monter sur “ la falaise de Waïnkoum ; c’est 6 Km ”, précise Benjamin, mon guide.
Après la falaise, on entre à Yoko. Il me montre le lycée, que je distingue à peine à cause de la pénombre. On est sur un boulevard à deux voies avec des palmiers de part et d’autre. Encore les Allemands. “ Regarde à droite, c’est Santa Barbara. Le quartier de René Sadi et ses frères ”, continue à indiquer Benjamin. Là aussi je ne distingue pas grand-chose. On dirait des villas peintes en blanc.
“ Ici, c’est Yoko-ville ”, indique une fois de plus Benjamin avant de tourner à droite. Brigade de gendarmerie, place du marché, terminus. Il est plus de 19h. En faisant un petit calcul mental, je me rends compte que si un avion avait décollé à Yaoundé en même temps que nous, il serait arrivé en France bien avant. Il y a des gendarmes partout. Le coin est calme. Un panneau en béton attire tout de même mon attention. On peut y lire : “ Ville de Yoko, créée en 1902. ” Une ville ? J’en aurais le cœur net demain, lorsqu’il fera jour.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 21-08-2007
Posté le 17.07.2007 par edouardtamba
NOPTINE ATTIR FAUSTIN
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]]“ Personne ne peut aller au champ, à l’eau, à la pêche … ” [/SIZE][/b]
Le Maire de Yoko commente les événements qui ont plongé sa municipalité dans la torpeur depuis le 29 juin dernier.
Comment avez-vous vécu les événements du 29 juin dernier ?
Nous sommes dans la tristesse, parce que nos populations vivent la mort dans l’âme. Nous semblons être dans un Cameroun à part. A 202 Km de Tibati, la ville la plus proche au Nord, à 192 Km de Ntui, le chef-lieu du département, nous sommes en plein désert, abandonnés à nous mêmes. Quand on regarde la gendarmerie qui n’a que trois éléments, pour une couverture d’au moins 202 Km au Nord, 192 au Sud et 165 Km à l’Ouest et autant à l’Est, nous sommes au cœur du Cameroun, mais abandonnés à nous mêmes. Nous avons, sans cesse, passé des messages, tant par écrit que par contact, mais tous restent lettres mortes. Sommes nous au Cameroun, ou dans un Cameroun à part.
Depuis les événements derniers, avez-vous été au contact des populations, pour avoir une idée de leur état d’esprit ?
La population vit avec un moral trop bas. Dans la torpeur, dans une peur permanente. Personne ne peut aller au champ, à l’eau, à la pêche, c’est la fringale qui s’installe.
Que pensez-vous de la façon dont les médias rendent compte de cet événement ?
Dites à vos confrères que la vraie information c’est à la source. J’ai été surpris hier, [02/07/07, ndlr], en regardant la télévision nationale. On parle de la prison de Yoko, mais sur l’écran on montre la prison de Yaoundé. Où est le rapport entre la prison de Yoko, lieu des événements, et la prison de Yaoundé. Ça c’est de fausses informations. Il fallait venir sur le terrain, pour qu’on juge de la réalité.
Entretien avec
Edouard TAMBA
In Le Messager du 09-07-2007
P.S. N'est plus Maire à Yoko. Depuis les minicipale du 22 juillet 2007 c'est ANNIR Dieudonné est maire.
Posté le 17.07.2007 par edouardtamba
La légion saute sur Yoko
1-La légion débarque sur Yoko
Après le coup de force des détenus, les grilles de la prison principale de Yoko (Ppy) sont restées ouvertes le 29 juin. Entre 2h et 7h, ou 10h selon différentes sources. Au même moment, des responsables tels que le régisseur, le sous-préfet et le commandant de brigade sont hors de la ville. La torpeur règne. Le premier renfort arrive dans la mi-journée du même jour. Mené par le commandant de la compagnie de gendarmerie de Ntui. La Légion de gendarmerie du centre (Lgc) débarque à sont tour le lendemain, 30 juin. Avec elle, près de cent cinquante éléments du Groupe d’escadron n°1 de la gendarmerie mobile. Trois camions, quatre pick-up 4x4, des armes et des munitions. Les forces spécialisées se mettent aussi en route.
Notamment des éléments du Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (Gpign). Une équipe venant de Yaoundé, et l’autre de Douala. Ils bénéficient d’un appui aérien grâce à la disponibilité d’un hélicoptère de l’Armée de l’air.
Les renseignements laissent entendre que les fugitifs ont emprunté plusieurs pistes. Ces pistes sont des voies de sorties vers les provinces de l’Ouest, l’Est, l’Adamaoua et les villes de Yaoundé, Bafia, Obala … L’on apprend que le gardien de prison Mbiam est l’otage d’un de ces groupes. Un ex-gendarme condamné pour vol aggravé et braquages à mains armées, se trouve parmi les fuyards. Tout porte à croire qu’il serait le “ commandant des opérations ”, côté détenus en cavale.
Le déploiement des troupes sur ces axes commence dans la journée de samedi, 30 juin. Un véhicule tout terrain de la gendarmerie part de Yoko avec des gendarmes assis dans les cabines et derrière. Il est question de déposer ses hommes pour les patrouilles. Mais aux environs de 11h, ce véhicule se retrouve hors de la route. Le chauffeur tente de ramener le véhicule sur la bonne voie. En vain. Tonneau. Trois gendarmes blessés dont une fracture au pied gauche. La carrosserie du véhicule s’en retrouve modifiée. Les victimes sont ramenées vers Yoko. Puis évacuées vers Yaoundé par hélicoptère. On apprendra plus tard qu’une fois à Yaoundé, le dispositif d’évacuation des blessés vers un centre hospitalier n’était pas prêt.
2-Bonne chasse
Au soir de ce 30 juin, les gendarmes rentrent bredouilles. Les rumeurs annoncent le repérage d’un groupe de fugitifs sur la route qui mène à Mbatoua, à 61 Km de Yoko. Les “ chasseurs ” les auraient loupé de peu. Les indiscrétions laissent entendre que ces “ évadés marchent surtout dans la nuit, et se cachent en journée ”. Pour épier les mouvements des gendarmes et chercher à manger ou à boire. La journée du 1er juillet se révèle fructueuse pour les forces de l’ordre. Ils tendent une embuscade à un groupe de huit personnes qui s’avance vers Melimvi, non loin de Mbatoua. Les fugitifs se retrouvent pris entre deux feux. Selon les gendarmes, ces derniers ont tiré en premier. Chou blanc. Les bérets rouges prennent le dessus. Six morts du côté des fuyards. Deux autres s’en tirent.
Les dépouilles sont ramenées par un des camions de la gendarmerie autour de 16h. Ce camion s’arrête d’abord devant la brigade, avant de monter à la Ppy. La population converge vers la prison. Hommes, femmes, enfants et vieux pressent le pas en route. Toutes les mototaxis de la ville sont sollicitées. Direction, le pénitencier. Tout le monde “ veut voir ”. Les détenus sont sollicités pour descendre les dépouilles de leurs anciens compagnons de bagne. L’arrière du camion est plein de sang. L’un des corps continue de saigner. Il a pris des balles dans la poitrine. Les culottes et pantalons des victimes ont été tirés vers le bas. Et les t-shirt dans l’autre sens. Les balles n’ont pas fait de cadeau. L’un des corps a la nuque aplatie. On dirait un ballon de foot qui a perdu de l’air. La cervelle d’un autre lui sort par le front. Au travers d’un trou entre ses deux yeux. Les trous sont visibles sur presque tous les corps. Dos, cou, côtes, ventre … Enfants et parents se bousculent pour voir. Certains ne cachent pas leur satisfaction. “ C’est bien ça. Au lieu d’aller travailler la terre, ils préfèrent la facilité ”, commente un spectateur. Certains gardiens de prison retournent les corps à l’aide de leurs bottes. Ils identifient les cadavres et jubilent.
Des détenus lavent l’arrière du camion à grande eau. Ca coule rouge. Des feuilles mortes et toutes sorte de déchets, sont sollicités pour recouvrir le sang qui macule le sol. Le corps qui a pris des balles en pleine poitrine continue de saigner. Son sang forme une colonne noire et coule sous les autres dépouilles. Les autorités de la ville et de l’opération contemplent. En faisant quelques commentaires. Le commandant de brigade fait son show devant le sous-préfet. “ M. le sous-préfet, comme vous me voyez là, j’ai le sang aux yeux ”, dit-il pour affirmer sa détermination à traquer les fugitifs. Les gendarmes se rendent compte du fait que des gens filment ces corps avec leurs téléphones portables. “ Qui vous dit de filmer ? ”, “ Arrêtez ça !”. Les paparazzis sont interpellés et leurs téléphones saisis. La foule se dissipe progressivement jusqu’à la tombée de la nuit. Les corps sont déplacés vers un hangar en brique de terre, dans la cour de la Ppy.
3-La saigné continue
Le “ succès ” des gendarmes se poursuit le lendemain, 2 juillet. Le gardien de prison Mbiam est retrouvé sur la route de Ngambe Tikar. Ses ravisseurs l’ont abandonné, “ avec un billet de 5000 Fcfa pour prendre la moto ”, dit-on. Après qu’ils aient arraché le 4x4 d’un expatrié. Quatre corps sont annoncés du côté de Ngambe Tikar. L’affrontement entre les forces de l’ordre et les fugitifs blesse un pêcheur par balle. Ce dernier servait apparemment de guide aux gendarmes. L’hélicoptère stationné à Yoko s’envole. Avec pour mission d’évacuer le malheureux vers Yaoundé. Mais ce dernier succombe à ses blessures avant l’arrivée de l’hélicoptère. Un fugitif est appréhendé par les populations du village Ngoum. Un autre est abattu à Kong. Au soir, la colonne du Gpig venant de Douala en passant par l’Ouest annonce deux autres morts. Le total est porté à treize fugitifs abattus et quatre repris.
La ville vit désormais au rythme des “ prouesses ” de la gendarmerie. La torpeur baisse d’un cran. Les buvettes recommencent à fermer tard. Et la saigné continue le 3 juillet. Deux fugitifs sont abattus sur la route de Mbatoua. Un autre en pleine ville. Après une bagarre avec le secrétaire général de la mairie dont il a tenté d’arracher le véhicule. Et une course folle au quartier Tikar, arrêtée par les balles de deux gendarmes. Ce dernier se cachait dans les parages du camp Sonel, depuis le 29 juin. Les forces de l’ordre continuent leur traque au même rythme. Le 4 juillet, le bilan passe de dix-sept décès à vingt et un. Cinq repris seraient encore vivants, et deux courent encore. Le lendemain, le nombre de repris semble avoir diminué. On parle désormais de trois vivants. Le commandement de la gendarmerie estime que les résultats sont au-dessus de la moyenne, les gendarmes décrochent le 5 juillet. Le secrétaire d’Etat à la défense en charge de la gendarmerie, Jean Baptiste Bokam leur offre une cérémonie de félicitations le lendemain. Car pour lui, “ on peut conclure que l’opération Yoko a été un grand succès ”. Hier soir on annonçait le décès de deux fugitifs. Ils auraient succombé à leurs blessures. On annonçait aussi l’interpellation d’un autre fugitif. Ce dernier a été rattrapé à Sengbe, non loin de Tibati. Le dernier, un manchot, continue sa cavale.
Par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 09-07-2007
Posté le 17.07.2007 par edouardtamba
CONDAMNATION DE ONDO NDONG : 50 ans de prison ferme
Les coupables dans l’affaire Feicom ont été condamnés à des peines allant de 10 à 50 ans, hier 28 juin 2007 à Yaoundé.
Ce soir du 28 juillet 2007, un vent glacial souffle à l’extérieur du tribunal de grande instance du Mfoundi - centre administratif. Il est déjà 21h30, mais une cinquantaine de voitures sont encore garées de part et d’autre de la route. La cour du tribunal est pleine de monde. Les gens discutent en petits groupes ; ils font des va-et-vient. D’autres prennent une bière, “ pour tuer le temps ”, en attendant le verdict du tribunal. Il s’agit du jugement sur les peines concernant quatorze personnes déclarées coupables dans le cadre de l’affaire ministère public et Feicom contre Ondo Ndong et les autres. L’audience est suspendue depuis 18h. L’affaire Feicom court depuis le 14 novembre 2006.
L’intérieur de la salle est noir de monde. Une vingtaine de gendarmes et autant de gardiens de prison y ont pris position. Journalistes et avocats discutent à tue-tête. Neuf (parmi les quatorze) “ coupables ” sont assis au banc des accusés. Il y fait moins froid ; mais certains semblent crispés. Surtout que des peines d’emprisonnement ferme allant de 25 à 75 ans ont été requises contre eux par le procureur. Ils ont détourné la somme cumulée de 13.490.460.500 Fcfa, selon le tribunal. Nguema Ondo lit le journal satirique français, “ Le Canard Enchaîné ”. Ondo Ndong discute au téléphone portable. Bitye Bi Ebanga se fait remonter le moral par son avocat. Mbella Moïse a la tête baissée et semble absent.
Le carillon retentit autour de 21h50. “ Le tribunal ”, crie le greffier audiencier. Mme Noah Ebella Marie, la présidente du tribunal, réapparaît. Suivie des deux membres du tribunal, les juges Sone Simon et Fotso Élise. L’assistance se lève. Les hommes en tenues présentent les armes. Le moment attendu depuis le 14 novembre 2006, date de la première audience, est arrivé. “ L’heure du châtiment ”, selon le procureur de la République Danga Dogoua Christian, dans ses réquisitions. “ Le tribunal constate que les accusés sont des délinquants primaires, cet élément doit jouer en leur faveur comme circonstance atténuante ”, annonce la présidente. Le suspens monte d’un cran. Puis tout va très vite. “ Ils sont en conséquence condamnés à : Ondo Ndong Emmanuel Gérard, 50 ans ; Mbella Moïse, 48 ans ; (…) et Tchuente Namtchueng, 20 ans ”, tranche le tribunal. Le silence est de marbre. Quelques parents de condamnés n’en croient pas leurs oreilles. Les condamnés restent stoïques. Quelques sanglots éclatent au fond de la salle.
Le même jugement les prive de leurs droits civiques pour une durée de 10 ans. Leurs biens saisis seront confisqués. Ces derniers devront verser au Feicom 1.300.000.000 Fcfa au titre de dommages et intérêts. En plus des 13,4 milliards, objet de leur condamnation. Ils verseront 741.279.713 Fcfa à l’Etat, “ faute de quoi il seront contraints par corps pendant une durée de 5 ans ”, poursuit Mme Noah Ebella. Elle leur rappelle qu’ils ont dix jours à compter de ce 29 juin 2007, pour faire appel. Un mandat d’arrêt est délivré contre les quatre condamnés en fuite. Il s’agit de Ze Ze Justin, Angue Carine, Monembong Eto Alain, Peh Sis et Ndema Assoumou Dieudonné. Ondo Ndong sort de la salle soutenue par ses deux épouses.
“ C’est un fait inédit ; Il faut que la répression monte d’un cran, et le tribunal a bien compris le message. C’est une décision qui paraît juste ”, pense Me Eyango, avocat de la partie civile. Me Bell-Hagbe Just n’est pas de cet avis. Un de ses clients a été acquitté, tandis que l’autre en prend pour 20 ans. “ J’ai plaidé non coupable et mon client a été condamné. Je ne suis pas satisfait. Dès demain je relève appel contre la décision qui a été rendue ”, annonce-t-il. Du boulot en perspective pour la Cour d’appel du Centre !
Emprisonnements fermes
Ondo Ndong Gérard : 50 ans
Mbella Moise : 48 ans
Nguema : 48 ans
Bessala : 48 ans
Ketchami Charles : 35 ans
Bitye Bi : 20 ans
Zé Zé Justin : 30 ans
Mme Omballa : 10 ans
Angué Carine : 25 ans
Monébong : 30 ans
Peh sis : 40 ans
Kaltjob Aaron : 20 ans
Ndéma Assounou : 25 ans
Tchuenté Namtctheng : 20 ans
DECLARES NON COUPABLES
1-Kooh berthe,
2-Ngotcho Nyamsi épouse Ndanfeu,
3-Ze Abel Ruben,
4-Mdedjo Edmond,
5-Olinga Mvogo,
6-Ndjomo Nomo Venceslas,
7-Ndoukan Pierre,
8-Mibe Célestin,
9-Ngo Bayanack Clémentine,
10-Edjang Marie Carine,
11-Elessa Soppo Grâce,
12-Onana Janvier,
13-Etoga Marie Gabrielle Epse Kouamidjo,
14-Evina Bidoung Georges,
15-Ekomesse Luc Albert,
16-Ndode Jeremiah
“ Non coupable des faits qui leurs sont reprochés. Acquitte Medjo Edmond au bénéfice du doute, et les autres accusés pour faits non établis. ”
Par
Édouard TAMBA
In Le Messager du 29-06-2007
Posté le 17.07.2007 par edouardtamba
Le sang continue de couler à Yoko
Trois autres fugitifs abattus hier. Un évadé blessé lundi dernier succombe à ses blessures. Au dernier comptage, dix-sept (17) décès - dont seize (16) bandits en abattus en cavale - avaient été enregistrés en moins de quatre jours.
La tension n'est pas retombée dans la bourgade de Yoko. Où l'histoire de l'insécurité pénitentiaire au Cameroun s'écrit en lettres de sang. Hier, mardi 03 juillet, de nouvelles péripéties sont venues remplir les pages de cette triste histoire. Un blessé, qui avait reçu des balles dans l'abdomen, a finalement succombé à ses blessures hier. Trois évadés sont également passés de vie à trépas. L'un est tombé dans la ville de Yoko, après un échange de coups de feu avec les forces de sécurité. Une fin brutale intervenue à la suite d'une tentative de coup de force à la mairie de la localité. L'infortuné voulait récupérer le véhicule du secrétaire général de la mairie rurale de Yoko. Les deux autres évadés abattus étaient loin de Yoko.
Selon des témoignages concordants, ils se trouvaient à Mbatchoua, vers Nanga Eboko. Et la chasse à l'homme se poursuit à travers le département du Mbam et Kim. Les forces de sécurité n'ont plus que trois jours (à s'en tenir à l'interview donnée par le garde des sceaux à la Crtv lundi dernier) pour rattraper - mort ou vivant - les sept malfrats encore en cavale.
En attendant, Yoko est maculée à jamais de sang. Les dix-sept évadés abattus sont progressivement portés en terre. L'inhumation d'une quinzaine de corps a eu lieu hier en contrebas de la prison principale de Yoko.
Par
Edouard Tamba
In Le Messager du 4-07-07